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Carnet de Route

Je pars avec l'idée d'écrire comme lors de mon précédent voyage, mais alternativement en Anglais (sur le site www.summer-ride.com) et en Français (sur cette page).




Résumé du voyage ‟ Bering 2014 ” PDF Print E-mail
Written by toi   
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Déjà deux mois que tu es rentré. Tu regrettes désormais que le voyage n’ait pas duré. En partant, tu savais ce voyage insuffisamment préparé. Tu avais commencé deux ans plus tôt à y travailler, mais il t’aurait fallu plus de temps. Comme tu avais obtenu les autorisations (Propusk) nécessaires pour le Chukotka, que le prototype de bato-moto commençait à bien fonctionner, tu t'es lancé, pour aller le plus loin possible dans une reconnaissance. Peut être jusqu'en Alaska. Peut être n'aurais-tu pas atteint la Russie avec tout ce chargement. Tu es allé plutôt plus loin que tu ne l'espérais.

Avant d'oublier, voici un résumé les principales informations collectées durant ce repérage. Tu espères que ces informations t'aideront à aller beaucoup plus loin ene 2016. Tu divises ce voyage en 7 parties :

  1. France-Bouriatie (croisement entre M56 et M58)

  2. Route de Magadan (jusqu'à Seymchan)

  3. Descente du Kolyma (jusqu'à Aniusk/Bilibino)

  4. Traversée du Chukotka (de Bilibino à Egvekinot)

  5. Côte sud (d'Egvekinot à Providenyia)

  6. Détroit de Bering (Providenyia à Nomes)

  7. la suite....



Au final, tu n'auras parcouru que les quatre premières parties. Mais tu as aussi collecté des informations précieuses sur les deux suivantes. Tu verras la suite la prochaine fois...

 

De France à la Bouriatie
Distance : environ 11000km
Durée : entre 2 et 3 semaines.
Période : fin mai.

Il s'agit à 99% de routes goudronnées plutôt en bonne état. Il y a certainement de trafic autour de Moscou, qui décroit au fur et à mesure que l'on s'en éloigne. Aucune difficulté notable.

Sur cette partie, les motoclubs existent dans chaque grande ville, et l'entraide des motards est partout. Les rencontres sont le principal attrait du parcours qui est sinon d'une grande monotonie. En dehors du passage de l'Oural, la Sibérie occidentale est totalement plate. La route devient plus belle après Irkoutsk, surtout lors de la traversée des steppes de la Bouriatie (entre Ulan Ude et Chita). On y retrouve les paysages de Mongolie.

 

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Route de Magadan (jusquu'à Seymchan)
Distance : environ 3000km
Durée : environ 1 semaine (plus par temps de pluie).
Période : début juin

Une longue route de terre pour l'essentiel, qui n'a pas un grand intérêt. Il y a parfois quelques dizaines de kilomètres de goudron, mais ces sections sont rares et concernent surtout le premier tiers. D’ailleurs, ces premiers 1000km sont pénibles voire dangereux car la route est en chantier (réalisation d'une route goudronnée jusqu’à Yakutsk). Beaucoup de camions et beaucoup de poussière. Après Yakutsk, il n'y a pratiquement plus que des routes non goudronnées. Les Russes diraient des routes ‟ normales ”. Plutôt roulantes. Mais sur les deux cents kilomètres qui suivent Yakutsk, la pluie peut rendre les choses considérablement compliquées. Donc en cas de pluies importantes, le mieux est de s'arrêter et d’attendre pour laisser passer l'orage. Sur la seconde moitié, on apprécie beaucoup le relief après avoir parcouru autant de kilomètres en plaine.

Pour ce qui est des risques, le plus grand est de s’écraser sur un camion de chantier alors que l'on essaye d'en doubler un. Un risque mineur est de s'énerver après les moustiques, nombreux en cette saison.

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Descente du Kolyma (jusqu'à Aniusk/Bilibino)
Distance : environ 1100km de bateau
Durée : environ 2 semaines
Période : deuxième quinzaine de juin

Le Kolyma est un fleuve particulièrement régulier, parfaitement navigable. Des barges/péniches le parcourent. Sur l'ensemble de son cours, environ une trentaine qui transportent surtout du charbon. Il y a aussi des petits bateaux motorisés par des hors bords (généralement 30-40 CV) qui appartiennent à des pêcheurs, des chasseurs, ou encore aux habitants des quelques localités.

A mi-chemin, Zyrianka est la principale ville. Le port d'attache des barges. Les autres localités n'abritent que quelques centaines d'habitants, mais elles ont toutes un dépôt d'essence (octane 80 uniquement). Les endroits pour se poser et camper la nuit sont nombreux. Il y a aussi les cabanes de chasseurs. L'eau n'est pas particulièrement claire, donc une filtration est nécessaire.

La section Seymchan - Zyrianka est la grosse étape (500km). Il n'y a pas de 92 (indice d’octane) à Seymchan, seulement du 80. Ni dans aucune ville du Kolyma d'ailleurs. En revanche, on en trouve à l'intersection avant Seymchan.

Pour ce qui est de la navigation, peu de risques si ce n'est les morceaux de bois flottants ou échoués sur le fond. Le plus souvent, la profondeur ne dépasse pas quelques mètres. Il est préférable de circuler à deux bateaux et d’être préparé à gérer les crevaisons. Les morceaux de bois interdisent aussi d’avoir une courroie libre. Il faudra la protéger pour le prochain voyage.

Le courant est régulier (environ 2-3 nœuds), toujours porteur sauf sur la rivière Aniusk (la toute dernière section). Les principales difficultés sont donc les morceaux de bois, et l’autonomie en essence (500km).

A Aniusk, il faut revenir au mode ‟ moto ” pour rejoindre Bilibino qui se situe à moins de trois heures de routes. Une belle route (non goudronnée), facile et agréable.

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Traversée du Chukotka (de Bilibino à egvekinot)
Distance : environ 1100km de moto
Durée : environ 2 semaines
Période : autour de la mi-juillet

Le morceau le plus compliqué qu'il faut soit faire à plusieurs, soit être accompagné d'un camion. Pour ce voyage, tu as voyagé accompagné de deux camions et la moto a été portée sur exactement la moitié de la distance. Il ne devait pas y avoir plus de 80cm dans les rivières que tu as traversées en roulant, et ta moto était sans bagage.

Officiellement, la route n'ouvre que dans la deuxième quinzaine de juillet (en 2014, elle a ouvert exceptionnellement le 15 juillet, plus tôt que d'habitude). Cette ouverture officielle est moins liée à la hauteur d'eau dans les rivières (qui va toutefois décroître durant l'été), qu'au déneigement d'un col unique (col des soldats?) sur la fin du parcours. Or l'enneigement, compliqué à gérer pour les camions, devraient l'être moins pour des motos (à partir du moment où l'on est plusieurs, on doit pouvoir passer à pieds à la frontière entre roche et neige). Il est donc envisageable de partir avant l'ouverture officielle. Les principales difficultés resteront les rivières, hautes au mois de juillet, qui gênent beaucoup moins les camions.

Le nombre total de rivières est indéfini... En 2014, il y avait à la mi-juillet entre 50 et 100 passages avec plus de 20cm d'eau. Environ une vingtaine avec plus de 50cm d'eau. Au moins une dizaine avec plus d'un mètre d'eau. Peut-être trois ou quatre avec plus d'1m20. D'après Pavel, la hauteur maximum que l'on peut rencontrer est environ 1m50. Il y a eu un bras de rivière avec cette hauteur, mais sans aucun courant (donc facile à traverser sur bateau).

Il faut encore tenir compte du courant, et de la nature du sol. Les courants sont toujours assez forts, mais il ne s'agit pas non plus de torrents de montagne. On peut le plus souvent traverser à pieds sans difficulté (avec une combinaison sèche) au moins les rivières de moins de 50cm. Au-dessus d'1m, il conviendrait de s'assurer avec une corde (donc d'être plusieurs). Les combinaisons sèches sont aussi précieuses lors de ces traversées, même si l'eau n'est pas si froide.

Le fond de rivière est constitué de galets de taille régulière (pour une rivière donnée). Mais suivant la rivière, la nature des galets peut varier du gros gravier (voire du sable) à la pierre de 20-30cm. Dans les pierres, on rebondit un peu trop, et dans le sable, on s'enfonce rapidement. Sans aucune charge, la puissance de la KTM690 permet de tout passer tout dès lors que la profondeur le permet, mais avec 100kg de charge, beaucoup de rivières poseraient un souci, quelle que soit leur profondeur. Il faut soit les traverser à pieds, à plusieurs autour de chaque moto, soit les délester avant de traverser.

Pour les rivières les plus profondes (entre cinq et dix), il faudrait utiliser un bateau et coucher dessus les motos. Une alternative (plus rapide) serait d'emporter un packraft qui pourrait aussi servir (en mer) d'annexe à l'ensemble des bateaux.

Souvent, il suffit de suivre la rivière pour trouver un passage plus large mais moins profond. Les Kamaz ne se posent pas toujours les mêmes questions.

Une autre difficulté est l'essence. Il y a du 92 à Bilibino ainsi qu'à Egvekinot, mais strictement rien entre les deux. Aucune localité et l’on ne croise pratiquement personne. Pour des KTM690, il faudrait compter 60 litres par moto (1100km). Une solution serait de faire un premier aller-retour sur environ 200km avec 40 litres par moto pour créer un dépôt de carburant de 20 litres par moto, puis de revenir sur Bilibino refaire des pleins de 40 litres par moto. Lors du second voyage, on récupère alors les 20 litres, soit 50 litres pour les 900km restants (je suppose que l'on a consommé 10 litres sur ces premiers 200km).

A noter que les 90 premiers kilomètres ne posent aucun problème. Il y a ensuite une succession de rivières (40 cm puis davantage...), et la première ‟ grosse rivière ” (environ 1m20) est justement à 200km de Bilibino. Avec cet aller-retour, l’essence à transporter n’est alors que de 40 litres.

Les manipulations autour des rivières risquent de prendre du temps. C'est pourquoi il faut compter au moins 8 jours pour la totalité du trajet. Aucun problème d'eau potable (l'eau de ces rivières est très pure).

Un dernier souci : les ours. Ils sont réellement nombreux, mais a priori peu dangereux tant qu’on les embête pas : le bruit les fait fuir. Il convient toutefois de rester en groupe et d'avoir de quoi les éloigner (stick avec fusées, bombe lacrymogène, …). La nuit, ils ne s'approchaient pas des camions (ni de ma tente?), même lorsque la nourriture avait été laissée apparente. Le jour, on les voyait s'enfuir en courant à une vitesse impressionnante.

Cette partie de route est donc compliquée. Prévoir de l'huile pour vidanger en cas d'immersion d'une moto dans une rivière. Prévoir de quoi pêcher. Il ne faut pas bien longtemps pour attraper quelques kilos de poisson.

En cas de panne, quelques camions font ce trajet. Difficile de dire combien mais peut être un tous les 3-4 jours pendant la courte période d'ouverture de la route. A vérifier auprès de Pavel. Clairement, il est conseillé d’avoir un téléphone satellite (même si les Kamaz n’en ont pas).

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Côte Sud (d'Egvekinot à Providenyia)
Distance : environ 400 km de bateau
Durée : environ 1 semaine, avec les aléas de la météo
Période : fin juillet

Tu avais initialement prévu de passer par le Nord, mais les gardes-frontières et les douaniers sont basés à Provideniya. Il fallait donc passer par le Sud. Tu es arrivé à Egvekinot un peu tard, mais la traversée était encore faisable. Même si tu n'as pas dépassé Egvekinot, tu as pu glaner les informations qui te manquaient.

Tout d'abord, ne pas traîner... Plus on s'éloigne du solstice d'été, plus les vagues et le vent risquent d'être forts. Les accalmies sont plus durables au début de l'été.

Faire le plein d'essence à Egvekinot. Prendre le maximum car il n'y aura que du 80 à Provideniya. Pour ce qui est de la nourriture, on doit pouvoir en acheter dans les villages intermédiaires qui sont : Kenerguina, Enmilen, Nunlingran et Seriniki. Ces villages n'apparaissent pas sur Google Earth, mais ils ont chacun environ 300 habitants (Chukchis ou Eskimos).

Il y a une longue lagune sur 80km ouverte à chacune de ses extrémités à la sortie de la baie d'Egvekinot. Il est possible de la suivre en naviguant à l'intérieur de cette lagune. La baie est calme, puis cette lagune, et c'est pratiquement les premiers 200km qui peuvent être parcourus relativement facilement.

En sortie de cette longue lagune, une lagune-baie protégée à 50km, puis le village d'Enmilen. Puis Nunlingram à nouveau à 50km, Seriniki à 100km et enfin Provideniya à 50km.

Seriniki ne présente pas de lagune protégée.

Tu ignores à quoi ressemblent les plages. Le plus souvent, il serait préférable d'ancrer les bato-motos dans une baie-lagune protégée, et d'aller dormir sur les plages. Utiliser un packraft comme annexe. S'il fallait passer une période de mauvais temps, il faudrait sortir et porter les embarcations. Mais à nouveau, il convient d'être 3 ou 4 pour les porter.

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De Provideniya à Wales
Distance : environ 350 km de bateau par le cap Chaplino, 250km en le court-circuitant
Durée : 24h
Période : deuxième quinzaine de juillet

Quelques informations recueillies auprès de Russ, le propriétaire du ‟ Professor Khromov ”. Tout d’abord, il faut se méfier du cap Chaplino. Il t'a recommandé d'insister auprès des autorités pour quitter Provideniya par la terre, et remonter jusqu'à la baie à 30km au Nord. Là une zone protégée par les iles Yttygran et Arakamchechen. Si les autorités refusent, il faudrait rejoindre ce point par la mer, en passant au large du cap Chaplino. Donc 100km de plus, et surtout une zone de courant et de vagues.

Ensuite, remonter jusqu'à la hauteur de Lavrentiya, puis direction Wales en passant au Sud des îles Diomèdes. Eviter la Grande Diomède (Russe) qui n’est occupée que par des militaires. En revanche, le village de la Petite Diomède (USA) est un point de repli en cas de souci. L’accès est peu large, entouré de rochers. Juste une plage de galets sur trois ou quatre mètres…

Russ semblait plutôt optimiste sur la faisabilité de cette traversée. Les traversées du Bering sont rares, mais elles ont été effectuées par toutes sortes d'embarcations, toutes plus étranges les unes que les autres.

En pratique, une fois que l'on a quitté Provideniya, les autorités Russes interdisent de rejoindre le sol du Chukotka. Mais on pourrait toujours pouvoir évoquer le cas de force majeure si les choses tournaient mal. Avec le risque de gros soucis administratifs.

Il faut donc se méfier : du cap Chaplino, des morses, des militaires de l'île de la Grande Diomède, et surtout des vagues. Au mois de juillet, la mer peut être parfaitement calme. Il faut viser le bon créneau, et ne pas laisser filer le temps.

Un autre souci : les formalités coté Alaska. Il faudrait prévenir de son arrivée les gardes côtes et le bureau de l'Immigration (police des frontières). Il y avait jusqu'au 1er août un garde côte (Bureau de l'Immigration) basé à Nome qui pouvait se rendre par avion à Wales pour donner son coup de tampon (moyennant environ $500). Ce bureau est fermé depuis le 1er août, et il faut probablement prévenir le bureau d'Anchorage. Les frais doivent être bien supérieurs. A éclaircir. En cas de grand beau temps, il serait judicieux de longer la côte jusqu'à Teller. De là, une route mène à Nome. Les frais pourraient être inférieurs si l'officier prend cette route. Après Nôme, tu ne sais rien de plus que ce que tu savais déjà...

 

 

Moto et équipement

Tu étais vraiment chargé. Plus de 100kg de bagages, mais surtout mal répartis. Le bateau était posé sur un plan constitué des sacoches et de l'arrière de la moto, les sacoches étaient surtout remplies par les pièces pour la motorisation du bateau). Tes seuls vêtements de rechange tenaient dans un sac étanche de 5 litres contenu dans un sac plus gros qu'il partageait avec la combinaison sèche, le sac de couchage, la tente, et l'embase du moteur ‟ bateau ”.

Le gros souci venait de ce sac, perché au dessus du bateau. Il remontait trop le centre de gravité. La première conséquence était l'instabilité sur l'appui sur la béquille latérale. Il compliquait aussi la conduite. Mais avec l'habitude, tu as réussi à faire ce voyage sans chuter. Il n'en aurait pas été de même si tu avais du conserver ta charge dans la section ‟ Bilibino-Egvekinot ”.

La bonne surprise a été la solidité de la moto. Tu avais acheté un kit de renforcement du cadre arrière, et cela a tenu... Les seuls soucis furent mineurs : grosses fuites sur les joints spi de fourche, perte du bouchon du réservoir de frein arrière, et la casse des deux clignotants arrières à cause des vibrations. Tu t'attendais à de réels problèmes avec cette moto bourrée d'électronique, mais rien de tel.

Le bateau n'a été que très peu utilisé. Mais il a bien voyagé. Tout ton équipement est arrivé à Egvekinot dans le même état qu'au départ. Là encore, ce fut une bonne surprise. Tu avais correctement emballé l'ensemble dans des mousses légères qui ont évité les frottements.

Pourrais tu alléger pour le prochain voyage ? Si tu trouves des compagnons de voyage, certains équipement pourraient être mutualisés. Mais au total, cela ne concernera que 5 à 10% de la charge... Tu crains qu'il soit difficile de faire mieux. Peut être pourrais tu tout de même :

  • diminuer l'encombrement de l'embase et la placer dans l'une des sacoches pour rabaisser un peu le centre de gravité,

  • créer des rangements ‟ bas ” pour certains équipements (tente,...). Il n'y a malheureusement pas beaucoup de possibilités.

  • modifier une sacoche pour créer une ouverture latérale (retirer le bateau pour accéder aux sacoches prend trop de temps).

Au final, il y a beaucoup d'équipements qui ne t'ont pratiquement jamais servi, mais cela aurait été différent si tu avais descendu le Kolyma sur ton bateau, puis rallier Egvekinot sans l'aide des Kamaz. Il sera donc difficile de gagner du poids lors du prochain voyage.



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Dimanche 17 août 2014

Tu es désormais hébergé par Vladimir et Nadia. La solitude à l'hôtel te pesait, et découvrir la vie d'une famille Russe te plaît bien. Depuis hier, tu aides Vladimir dans une grande opération de nettoyage. En plus du Musée, il occupe deux autres locaux. Ces locaux étaient par le passé dédiés au WWF dont Vladimir était le représentant au Chukotka. Il a cessé depuis plusieurs années cette représentation, mais a conservé les locaux qui, petit à petit, se sont remplis de mille choses aussi diverses que variées. Or il a appris il y a deux jours que ces locaux seront inspectés lundi prochain. Il faut donc les ranger et les nettoyer dans l'urgence. Le rangement consiste pour l'essentiel à vider le contenu et à la porter aux bennes à ordures. Il n'y a pas de déchetterie, et tout est déposé en vrac, près des bennes, au milieu des immeubles.

En soirée, vous allez aux bains avec Vladimir et Ronald, le petit dernier. C'est la première fois que tu te rends dans un bain public en Russie. Cela ressemble aux hammams que tu avais découverts en Algérie sauf que tout le monde se promène entièrement nu. Vladimir te présente le directeur du Centre Universitaire. Tu connaissais les douches du rugby, mais c'est pour toi étonnant de discuter nu avec des personnes très honorables. Cela favorise probablement les relations dans la vie de tous les jours. Ce gros Monsieur pourrait être directeur de banque. Et celui-ci, ne-serait il pas commissaire de police ? Nus, tous paraissent égaux, à quelques dizaines de kilos près. Chacun discute simplement avec son voisin.

De retour à l'appartement, vous retrouvez Nadia. Elle a passé la journée à ramasser des myrtilles dans la toundra avec son amie Natacha. Natacha et Nadia sont toutes deux originaires de Siriniki. Natacha est Eskimo alors que Nadia est Tchouktche. Amies d'enfance, elles ont suivi toute leur scolarité ensemble, puis, sont parties à Saint Petersburg pour leurs études. Aujourd'hui, leurs filles Lena et Gula sont tout autant amies et suivent les mêmes chemins.

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Lundi 18 août 2014

Tu restes préoccupé par l'expédition de la moto. Vladimir est convaincu que Sergueï trouvera la solution. Mais Sergueï ne peut pas rien de plus que vous : téléphoner aux compagnies aériennes, qui ne répondent pas ou qui redirigent sur Moscou. Les huit heures de décalage horaire font qu'il n'y a rien à espérer avant la soirée. Vous retournez donc vers la rivière pour y retrouver Nadia et les enfants du camp.

Le soir Gula, l'amie de Lena, téléphone pour toi à la compagnie aérienne VIM Avia. Gula a passé plusieurs mois aux Etats Unis et parle parfaitement l'Anglais. En quelques minutes, tout s'arrange. Oui, les paquets sont limités à 150 kg, mais tu peux en expédier plusieurs. Gula demande un devis pour 260 kg. Il doit t'être envoyé par mail dans la journée.



Mardi 19 août 2014

Tu as reçu le mail de la compagnie VIM Avia. Un devis qui te donne le sourire. Il n'y a plus qu'à découper la caisse de la moto pour en faire deux parties.

Tu rejoins donc les entrepôts de Sergueï. Avec l'aide de deux de ses employés, Sergueï participe au réemballage. De ton coté, tu as retiré la roue arrière ainsi que les tubes de maintien sur le bateau. Une réduction de poids qui approche les 25 kg. Ce qu'il reste de la moto doit peser moins de 110kg. Cela laisse donc une quarantaine de kilos pour la caisse.

Au final Sergueï insiste pour coucher la moto sur la base de la caisse. Au lieu de reconstruire une caisse, il recouvre l'ensemble d'une bâche, puis de plastique transparent. Tu espères que cela conviendra à la compagnie aérienne. Une caisse complète risquerait d'être trop lourde.

Tu es surpris de voir Sergueï s'impliquer autant. Il dirige une entreprise de plus de cent personnes, mais il attache de l'importance à ce que tout se passe bien pour toi.

Les roues, les tubes de fourches, et d'autres accessoires sont placés dans des cartons à part. Au total 5 cartons plus la moto. Il n'y a plus qu'à espérer que la compagnie aérienne accepte tout cela.

Tu peux maintenant prendre ton billet d'avion. Tu réalises que le prix est étonnamment bas : 700 euros pour les 260 kg de fret et 400 euros pour ton billet. En 2010, tu avais payé 2 fois plus cher pour le trajet « Montreal-Barcelone », et 4 fois plus cher pour « Melbourne-Buenos Aires ». Tu profites de la faiblesse du rouble.

Chaque dîner suit le même rituel : Vladimir regarde les informations sur l'Ukraïne, maudit une nouvelle fois les Ukrainiens de l'Ouest et les Occidentaux, puis retrouve le sourire en attaquant le repas. Il te parle de sa traversée du Bering. Tu avais cru qu'il s'agissait d'une traversée « sauvage », entre copains, mais les Russes ne jouent pas avec les garde-frontière. Deux traversées successives avaient été organisées dans un cadre parfaitement officiel lors de la Pérestroïka. Une équipe du Chukotka en barque eskimo devait croiser une équipe Américaine venant d'Alaska en kayak. La première expédition avait été contrariée par le mauvais temps, et la seconde s'était bien déroulée. C'est depuis cette traversée que Vladimir a des amis en Alaska.

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Mercredi 20 août 2014

Gula t'accompagne à l'aérogare pour la livraison de la moto. Sur la barge, tu la questionnes sur sa vie d'étudiante à Saint Pétersbourg. Aussi sur ses origines Eskimos. Elle a participé à des rencontres culturelles entre Eskimos de différentes nationalités. Elle est ainsi allée au Groenland, au Canada. Les Eskimos, que l'on nomme désormais « Inuits » dans les pays occidentaux, peuplent les régions polaires du Groenland, du Canada, de l'Alaska et du Chukotka. Tu découvres ainsi que depuis des millénaires, ces peuples vivaient et voyageaient sur les différents continents. Les Inuits du Groenland et ceux du Chukotka ont des traditions et des dialectes différents, mais Gula t'assure qu'il y a de nombreux mots communs, et que les communications sont possibles. En revanche, ceux du Chukotka et d'Alaska faisaient partie d'une même ethnie, les Yupiks. Pour eux, la traversée du détroit de Bering a longtemps été un événement ordinaire. A nouveau, le mythe de Christophe Colomb découvrant un continent vierge s'effrite.

Vous discutez aussi avec Bertol, le chauffeur qui travaille pour Sergueï. Il est originaire de Boukhara. La crise économique en Ouzbékistan explique que tu aies souvent rencontré des Ouzbeks en Sibérie. Tu imagines qu'il doit être difficile d'être un migrant économique, de vivre si loin des siens.

A l'aérogare, on vous demande de rentrer les cartons et la moto par une petite porte sur le coté. Probablement pour des raisons « douanières ». Mais la porte est trop étroite et vous avez bien des difficultés à relever la moto pour la faire rentrer.

Sans raison particulière, la dame qui vous reçoit t'indique que les cartons partiront bien demain, mais la moto seulement mardi prochain. Ta déception doit se lire sur ton visage. Finalement, elle se ravise : la moto partira demain si tu viens signer des documents demain matin avant 10h. Pas de souci... tu peux respirer.



Jeudi 21 août 2014

Tu te réveilles avec de la fièvre. Des enfants, puis Vladimir, semblaient depuis quelques jours touchés par une grippe. C'est maintenant ton tour. Cela risque de compliquer la fin du voyage.

Tu prends la barge de 8h pour être certain d'être à l'heure au terminal de fret. Tout se passe bien, et tu peux ensuite rejoindre le terminal passagers. Les avions sont peu nombreux à décoller. Ce matin, seulement deux hélicoptères, et cet après midi l'avion de VIM Avia. Tu réalises que tu aurais pu demander s'il était possible de faire voyager la moto dans un hélicoptère vers Provideniya. Pour ces appareils, énormes, le poids de la moto n'est certainement pas un souci. Tu es peut être passé à coté de la solution. C'est désormais trop tard.

A cause des vacances, tu pensais que l'avion serait plein. C'est loin d'être le cas. Seulement une trentaine de passagers pour 200 sièges. Il est vrai que 5 vols par semaines pour une ville de 14000 habitants, cela semble sur-dimensionné. Le vol dure 8h30. Probablement la plus longue distance au monde pour un vol intérieur.

Moscou. L'atterrissage a lieu à l'heure prévue : 15h30, mais avec 8 heures de décalage horaire, il est déjà pour toi 23h30. Tu récupères ton sac, et te mets à la recherche du « terminal cargo » que tu rejoins à pieds. Une fois sur place, tu es bien accueilli. Le seul souci est que l'on t'a dirigé sur le terminal « international » alors que la moto a été déposée au terminal « national ». Finalement, les agents demandent à ce que la moto soit apportée à l'endroit où tu es. Il n'y a plus qu'à attendre.

Le temps passe. A 19h, la moto est arrivée. Il faut te rendre dans des bureaux pour payer des taxes d'aéroport. Au final, tu commences à ouvrir les cartons à 19h30, soit 3h30 pour Anadyr. Tu dors debout.

Le fait que la moto soit couchée te facilite plutôt la vie, surtout pour le remontage des roues. Mais tu as démonté beaucoup de petites choses, et cela prend du temps. Tu n'as tout fini que vers 21h30. Il reste à trouver de l'essence. Tes réservoirs sont complètement vides. Tu demandes à une personne qui travaille au terminal si un employé ne pourrait te vendre un ou deux litres d'essence. Tu as un tuyau pour siphonner. Malheureusement, lui même et ses collègues roulent au diesel... mais il t'assure qu'il va trouver une solution. Le temps passe. Oleg travaille sur le site avec son épouse Julia qui parle Anglais. Ils prennent soin de toi, t'apportent de l'eau, des sandwiches.

Julia et Oleg terminent leur journée de travail à 23h, et il est déjà 22h30. Ils te proposent de dormir chez eux, mais ils habitent à 70 km vers le sud, à l'opposé de ta route. Ils recherchent pour toi un hôtel et veulent t'accompagner jusqu'à la station essence.

Au moment de partir, tu réalises que tu n'as plus d'embrayage. La moto couchée a perdu de l'huile, le petit réservoir est désormais plein d'air. L'inconvénient des commandes hydrauliques. Tu démarres comme tu peux et suis doucement la voiture d'Oleg et Julia. Heureusement, la circulation est faible et tu arrives à éviter les arrêts. A la station essence, puis à l'hôtel, Julia va payer pour toi. Impossible de la rembourser... Jusqu'à la fin du voyage, les Russes auront été très généreux avec toi.



Vendredi 22 août 2014

Pietr, le propriétaire de l'hôtel est francophile. A son tour, il t'aide à régler ton souci d'embrayage, puis appelle Andreï, un ami motard avec qui tu discuteras voyages. Tu ne quittes Moscou qu'en début d'après midi. Peu de temps après ton départ, la pluie arrive. Elle ne te quittera pratiquement plus jusqu'à la maison.



Du Samedi 23, au Mardi 25 août 2014

Tu roules. Toujours sous la pluie. Tu prends régulièrement du paracétamol pour contenir la fièvre. Ton pantalon de pluie est percé. Tu l'as utilisé sur la piste pour te protéger de l'eau des rivières. Probablement qu'il n'a pas supporté les multiples fois où tu t'asseyais sur des pierres. Donc dès que la pluie est soufflée par le vent, de l'eau rentre dans ton bas et tu baignes, trempé.

Tu n'hésites pas à choisir des hôtels confortables. Il faut te réchauffer, te sécher. Tu es d'ailleurs surpris par la qualité des hôtels en Lituanie puis en Pologne. A qualité égale, tu aurais payé au moins deux ou trois fois plus en France.

Mardi matin, tu es entre Berlin et Nuremberg. Tu peux enfin te rendre dans un magasin de moto pour acheter un nouveau pantalon de pluie. Tu auras encore de la pluie le reste de la journée, mais tu resteras au sec.

Tu arrives chez toi tard, vers une heure du matin. Cette dernière journée, tu auras roulé environ 1100km dont les trois quarts sous la pluie. Mais tu savais que c'était la fin du voyage, qu'il fallait en profiter. Même si les conditions n'étaient pas idéales, tu auras apprécié ces dernières journées de route. Rouler va bientôt te manquer.

 
Première semaine à Anadyr PDF Print E-mail
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Dimanche 10 août 2014

Tu croyais Anadyr totalement isolée, mais tu viens de repérer une route au sud sur la carte OSM (OpenStreetMap) que t'avait laissée Patrick. Une voie sans issue, mais tu as besoin de sortir, de rouler.

Sur les premiers kilomètres, des véhicules arrêtés. Les habitants d'Anadyr sont nombreux à aller aux champignons dans la toundra. Et puis, plus rien. La toundra à perte de vue. La route devient mauvaise et tu avances doucement. Tu fais du rodéo sur une piste défoncée, et évites autant que faire se peut les creux inondés.

Au pied d'une petite montagne une tente blanche. Peut être une famille Tchouktche. La piste passe à plusieurs centaines de mètres en dessous de la tente, mais alors que tu arrives à sa hauteur, tu croises un homme sur un quad. Il paraît aussi surpris que toi. Il parle Anglais... Il te dit qu'il part chercher son épouse, mais qu'il revient rapidement, que tu l'attendes à la tente.

Tu montes te garer près de la tente. Un garçon d'une quinzaine d'année te reçoit. Il t'offre du thé. L'homme revient avec son épouse. Vladimir est Ukrainien, Nadia est Tchouktche. Ils sont venus passer l'été ici, avec des jeunes d'Anadyr. Une sorte de camp scout. Mais ils vont bientôt interrompre le séjour car les ours commencent à être trop nombreux, trop pressants.

Vladimir est photographe pour le département à la Culture du Chukotka. Il est aussi à titre bénévole le représentant local de l'Institut Géographique National. Enfin, il s'occupe de jeunes pendant les congés scolaires. Tu lui parles de ton voyage, de la traversée avortée du Bering. Lui l'a traversé en 1989, en pleine pérestroïka. Avec plusieurs amis, ils étaient partis à la rame, sur une embarcation eskimo en peau de morse. Depuis Provideniya, ils avaient rejoint l'Alaska et étaient revenus. La toundra est un désert, mais tu y fais des rencontres étonnantes.

Vladimir te fait visiter leur installation. Près de la rivière, il a construit une cabine de douche qui récupère l'eau en amont. Tout serait parfait si l'endroit n'était vandalisé en leur absence. La cabane près de la rivière a été incendiée. Pourquoi ? Vladimir ne peut que s'en attrister.

Avec Loucha et Maxim, les deux derniers jeunes rester au camp, vous montez sur l'une des petites montagnes proches. Tu es heureux de faire un peu d'exercice. Depuis que tu as quitté Grenoble, tu n'as guère plus fait de marche en montagne et cela te manque. Dans la toundra, tu vois des champignons et plusieurs sortes de baies. L'époque où la toundra est généreuse. Les ours doivent avoir être très occupés à constituer leurs propres provisions.

Au retour de la balade, tu es invité à diner. A nouveau, le sujet de l'Ukraine est au centre des discussions. Vladimir est originaire de Donetsk et le siège de la ville est très douloureux pour lui. A nouveau, tu entends des reproches qui visent Obama. Pourquoi Obama ? Tu ne comprends pas que l'on ramène les sources du conflit à sa seule personne.

Vladimir serait intéressé par ton projet pour 2016. Voir que ce projet intéresse ceux à qui tu en parles te remonte le moral. Il a aussi un ami coté Alaska, un photographe comme lui, qu'il pourrait contacter. Il connait tes contacts au département du Tourisme, et aussi Kosta. Le Chukotka est grand, mais tout le monde se connait.

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Mardi 12 août 2014

La journée d'hier a été pluvieuse, froide. Tu es à peine sorti. Le soir, tu espérais des nouvelles de la compagnie aérienne, mais la réponse est repoussée une nouvelle fois à demain.

Ce matin, il fait beau. Tu te prépares pour aller au port. Comme l'avion reste incertain, il est préférable de prendre le bateau qui doit partir aujourd'hui ou demain.

Les gardiens du port te connaissent bien. Tout d'abord une première barrière. L'homme est un Bouriate d'Ulan Ude. Puis la dame blonde de la zone sous douane qui sait que tu vas voir le dispatcher.

Le « dispatcher » n'est pas l'homme que tu as vu vendredi, mais celui qui t'avait dit il y a 3 semaines qu'il n'y avait pas de bateau pour Provideniya. Cette fois-ci, c'est pour Vladivostok qu'il n'y a pas de bateau. Nieto. Rien de prévu dans les prochains jours ni dans les prochaines semaines. Tu insistes un peu mais tu comprends bien qu'il ne peut pas t'annoncer un bateau quand il n'y en a pas. Il ne reste plus qu'à espérer que la compagnie Transaero finira par accepter la moto. Tu avais au moins l'assurance de pouvoir partir en bateau, et voilà qu'elle s'est volatilisée. Et puis il y a aussi une seconde compagnie pour qui les choses seraient plus simples, sauf qu'ils exigent que la moto soit en caisse. Il est peut être temps de chercher une caisse.

Le soir, tu téléphones à Vladimir que tu as rencontré dans la toundra. Tu aurais besoin de lui pour trouver une caisse pour la moto. Peut être le magasin qui lui a vendu le quad conserve-t-il les caisses dans lesquelles il a reçu les motos ou les quads?

Vladimir et Nadia t'invitent à diner. Tu leur montres ton livre de photos de voyage, eux te montrent les photos de leur ami américain qui vit en Alaska. Des photos argentiques panoramiques tirées il y a une vingtaine d'années. Des objets dignes d'un musée. Tu ignorais qu'il existait des appareils photos argentiques dédiés à cette technique. Vladimir compte faire une exposition avec ces magnifiques tirages.

A 20h, les informations télévisées. Vladimir souffre. Son frère et sa soeur sont à Donetsk, dans les zones bombardées. Il a les mêmes griefs contre l'Amérique, l'Europe, Obama que tu as entendus à de multiples reprises. Tu comprends sa souffrance, et entends sa colère.



Mercredi 13 août 2014

Vladimir t'accompagne au magasin où il a acheté son quad. Il doit s'agit du principal réseau de distribution d'équipements du Chukotka. Il y a des entrepôts, mais aussi un garage, des magasins... Le directeur, Sergueï, est un ami de Vladimir. Il n'y a pas de caisse disponible, mais il est d'accord pour en faire une et se charge de faire livrer la moto à l'aéroport. Tu passeras demain pour la démonter. Un gros souci de moins.

Vladimir doit rejoindre le camp scout près de la rivière. Tu l'accompagnes. Ils sont venus pêcher, mais leurs rares prises ne suffiront pas à nourrir la troupe. En revanche, il y a tout le long de la plage des cabanes avec des pêcheurs qui ont posé des filets. La technique des pêcheurs semble autrement mieux rodée et plus efficace. Trois hommes retirent un filet posé en travers de la berge, sur une quinzaine de mètres. Dans le filet, une cinquantaine de saumons.



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Jeudi 14 août 2014

Vladimir court après le temps. Il doit s'occuper du camp de jeunes, passer à son travail lire ses emails, s'occuper de ses prochains voyages à Moscou pour l'Institut Géographique National,... Surchargé, tu le sollicites encore pour régler tes soucis : passer au bureau de migration pour l'enregistrement, trouver un endroit pour nettoyer la moto, téléphoner aux compagnies aériennes pour obtenir des renseignements. Il sature et en oublie une fois ses clés, une autre fois ses papiers, ou encore son téléphone. Une fois ou plusieurs fois.

A coté des occupations que tu connais, Vladimir préside aussi un comité de citoyens qui vérifie la comptabilité publique. Par le passé il a été géologue, animateur radio ou encore chanteur. Il a créé un musée dédié aux cosmonautes. Enfin, il encadre des stages de photographie et monte des expositions de photos.

En début d'après midi, tu te rends avec la moto à l'atelier de mécanique de Sergueï. Tu démontes la roue avant, les tubes de fourches et désarticule le bras oscillant afin de rendre la moto plus compacte. Tu déconnectes aussi la batterie et vides les réservoirs d'essence. Tu en profites pour nettoyer le filtre à air, ce que tu n'avais plus fait depuis Bilibino. Il en avait plus que besoin. Tout se passe rapidement. Tu auras plus de mal lors du remontage, ne serait-ce que pour soulever la moto.

Tu as décidé de laisser le bateau à Vladimir. Il sera utile pour ses camps de jeunes. Cela te facilitera le retour, et peut être servira-t-il de bateau de secours en 2016.

Le soir tu es à nouveau invité à diner en famille par Nadia et Vladimir. Ils fêtent l'anniversaire de Ronald, leur cadet. Avant le repas, Nadia s'adonne à un rituel Chouktche : prendre une petite portion de chaque plat et jeter l'ensemble dans la toundra pour nourrir les esprits. Comme la toundra est un peu loin du centre ville, les esprits récupèreront ces miettes en bas de l'immeuble.

Tu interroges Nadia sur Siriniki, son village qui se situe entre Nunlingran et Provideniya et dont tu ignorais l'existence avant de la rencontrer. Sur GoogleEarth, même en connaissant les coordonnées exactes, on ne voit rien qui ressemble à une construction. La zone est floutée.

La population de Siriniki, le village de Nadia, se partage à égalité entre Chouktches et Eskimos. Des chasseurs de mammifères marins qui circulent en bateau non seulement vers Nunlingran ou Provideniya, mais aussi vers Enmelen et Kenerguina, voire Egvekinot. Surprenant de devoir aller à Anadyr pour apprendre tout cela.

Vous discutez des difficultés de la Russie. Pour ce qui est de l'alcool, de la vodka, Nadia rapporte qu'à Siriniki, plus la moitié des personnes de sa génération est déjà décédée du fait de l'alcoolisme ou du suicide. Les deux vont souvent ensemble.

A 20h, Vladimir quitte la table pour regarder les informations de la journée. Toujours l'Ukraine. Il en revient comme chaque soir furieux contre les occidentaux et Barak Obama. De ton coté, tu as renoncé à répliquer. Tu sais que tes arguments ne peuvent rien face à sa souffrance. Après dix minutes de vociférations, il te sourit et promet de ne plus parler politique. Même s'il sait que ce sera pour une courte durée.

Alors que tu écoutes sans la comprendre la discussion, tu réalises combien multiples sont les origines autour de la table : Vladimir est Ukrainien, Nadia est Choucktche, l'amie de leur fille est Eskimo, et le petit Micha qui est présent pour l'anniversaire est né d'un père Tartare et d'une mère Eskimo.



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Vendredi 15 août 2014

Tu fais une présentation de tes voyages aux jeunes du camp et Vladimir assure la traduction. Depuis qu'ils sont rentrés de la toundra, Vladimir et Nadia essayent d'occuper les enfants comme ils le peuvent. Le camp aurait du se passer sur toute sa durée dans la toundra, mais les ours en ont décidé autrement. Il faut désormais dérouler le programme prévu en ville plutôt qu'en pleine nature. Pas facile. Cela énerve tout le monde. Le lieu de ralliement en ville est le musée du Cosmos de Vladimir. Un petit appartement bruyant, envahi par les toiles de tentes et autres équipements de camping. Heureusement, la troupe peut se rendre à pieds ou en vélo auprès de la rivière, ou encore dans la toundra proche.

Vladimir fait souvent des interruptions pour s'occuper de tes soucis. L'affaire du jour est ton enregistrement auprès du bureau des migrations. Cela va faire une semaine que tu es arrivé à Anadyr. S'enregistrer n'est pas aussi simple que tu l'avais imaginé. Mais après deux aller-retour entre le bureau des migrations et le Département des Sports, tout semble rentrer dans l'ordre.

Tu étais surpris qu'un bureau des migrations existe à Bilibino. Tu comprends maintenant que ce bureau ne concerne pas seulement les étrangers, mais aussi les Russes non résidents. Pour circuler au Chukotka, il faut un passeport et des autorisations particulières. Que l'on soit étranger ou Russe. Il y a t-il d'autres pays dans le monde où les déplacements soient ainsi contrôlés ? Tu n'en connais pas, mais tu es loin d'être allé partout.

Vous retournez en fin d'après midi sur la berge de la rivière retrouver les jeunes du camp. En complément de l'activité de pêche, ils ont droit aujourd'hui à des séances de tir à la carabine et un atelier de noeuds marins.

La journée terminée, Vladimir téléphone pour toi à la compagnie aérienne susceptible d'accepter la moto. Pour l'instant, ta dernière chance. La mauvaise nouvelle du jour : les expéditions ne doivent pas dépasser 150kg. Or la moto à elle seule dépasse déjà cette limite. Donc pas de bateau, une compagnie aérienne injoignable, et l'autre qui limite le poids. La situation semble se bloquer chaque jour davantage.

Il resterait une solution : mettre la moto sans ses roues ni sa fourche dans une caisse, et tout le reste dans une seconde caisse. C'est bien dommage que tu n'apprennes cela qu'aujourd'hui car la caisse unique doit être achevée ce soir. Il va probablement falloir la rouvrir, sortir la moto, et couper la caisse dans le sens de la longueur pour en faire deux. Pas très réjouissant et le coût de l'opération va continuer à grimper. Restons Zen. De toutes les façons, il n'y a plus rien à faire avant lundi matin. C'est déjà ce que tu te disais vendredi dernier.



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Lundi 4 août 2014

Tu sais que le bateau ne partira que vers 16h, mais tu charges la moto dès le matin. Tu veux te rendre au port pour discuter avec le capitaine. C'est le bateau de passagers qui doit le 11 août se rendre à Provideniya. Probablement la dernière carte à jouer.

Au moment de partir, tu téléphones à Ludmila pour lui demander de t'accompagner pour traduire. Tu sais qu'elle ne travaille pas aujourd'hui, et elle t'avait proposé son aide hier. Tu pensais initialement te débrouiller seul, mais expliquer que tu te rends d'abord à Anadyr, puis à Provideniya risque d'apporter de la confusion.

Le bateau n'est pas bien grand. 50 ou 100 passagers tout de même. Il n'a pas de grue propre, mais il est amarré sous l'une des grues du port. Il n'y aurait donc pas de souci pour le chargement. Reste à savoir s'il serait dans la même situation à Anadyr.

Le capitaine est à son poste. Ludmila lui explique ta demande. La réponse est claire, non négociable : il ne prendra pas ta moto. Surprise, Ludmila insiste. Tu as vite compris que la position du capitaine n'évoluera pas. Pourtant, la gardienne de l'entrée du port vous avait dit qu'elle avait déjà vu une voiture posée sur le pont de ce bateau. C'est peut être là le problème... Une mauvaise expérience aurait imposé la consigne de refuser tout véhicule.

Le directeur du port vous informe qu'il y aura un cargo de la « Chukotka Trading Company » qui partira dans trois jours sur Anadyr. Il faut se rendre dans les bureaux de cette compagnie pour prendre un billet et voir les conditions du transport de la moto. Tu suis Ludmila vers ce qui est l'un des plus gros bâtiments d'Egvekinot. L'intérieur est soigné, presque luxueux. Il n'y a pas de souci pour transporter la moto, sauf que seul un Russe peut la déposer au port de départ, et seul un Russe peut la récupérer à l'arrivée. Cette règle est inattendue, mais Ludmila se propose d'être l'expéditrice et elle recherche parmi ses connaissances quelqu'un qui pourrait se rendre au port avec toi pour la réception. Elle finit par trouver une ancienne collègue qui accepte de t'aider à Anadyr. Tu vas pouvoir quitter Egvekinot.

En revanche, tu viens de perdre tout espoir de te rendre à Provideniya. Le bateau de passagers t'est interdit. Tu renonces donc au Bering pour cette année. C'est décidé.

Tu as perdu la partie en allant la première fois sur Anadyr chercher un bateau qui n'existait pas. Tu voulais te concentrer sur le Bering en court-circuitant le trajet d'Egvekinot à Provideniya. Eviter les premiers 400 km et ramener la distance totale à une valeur plus raisonnable. Maintenant, tu sais que l'état de la mer va devenir de plus en plus problématique. La semaine à venir est annoncée mauvaise. Les créneaux météo favorables sont passés. Et la faiblesse de ta vitesse t'interdit de prendre trop de risques.

Tu avais une bonne chance de réussite si tu avais su plus tôt ce que Kosta et Rodney t'ont appris. Si tu avais eu connaissance de l'existence des villages d'Enmelen et de Nunlingran. D'un autre coté, le but de ce voyage était avant tout d'apprendre. De comprendre les difficultés, et de découvrir les solutions. Mais tu pouvais aller plus loin. Au moins Provideniya, et probablement Nome.

La solution aurait consisté à naviguer au plus vite jusqu'à Kanerguina, et d'y chercher la personne qui pouvait t'accompagner jusqu'à Enmelen. Kosta connait quelqu'un qui aurait pu. Cette première section aurait été un test parfait, progressif. Une fois à Enlinmen, tu aurais pu poursuivre seul jusqu'à Nunlingran, et ensuite Provideniya. Enmelen et Nunlingran sont des villages de chasseurs de baleines. Les habitants connaissent la côte et savent y circuler. Egvekinot est une ville, et ses pêcheurs occasionnels ne sortent pas de la baie. Deux mondes qui s'ignorent. Pour les habitants d'Egvekinot, naviguer en dehors la baie est impossible. Pour les Tchouktches chasseurs de baleine, c'est leur vie. Du moins dans la période estivale.

Pour l'essence, tu te serais chargé avec au moins une centaine de litres au départ d'Egvekinot. Naviguer surchargé dans la première partie protégée n'aurait pas posé de souci. Et tu aurais été rapidement allégé pour la seconde partie. Tu aurais pu arriver avant la fin juillet à Provideniya, et profiter de l'accalmie actuelle pour passer le détroit. Il ne fallait pas traîner.

Une nouvelle fois, tu retournes à la gotsinitsa et décharges la moto. Tu remontes le bateau à l'étage, et il reprend sa place dans le couloir.

Un appel de Philippe, le motard en KTM qui te suit à 3 semaines d'intervalle. Il se trouve devant Zyrianka sur une barge prête à partir pour Aniusk. Tu lui expliques ta journée, tes déceptions. Vous passez deux heures au téléphone. Il voudrait que tu loues un avion pour te rendre à Provideniya, que tu forces les choses. Tu es plus fataliste.

Il te parle aussi de son voyage. Il retrouvera Kosta entre Pevek et Bilibino. Ils prendront, probablement avec Pavel, la même route que tu as prise. Une fois à Egvekinot, ils loueront un engin amphibie pour rejoindre Vankarem depuis Amguema. Puis un bateau pour les accompagner jusqu'à Uelen. Philippe restera en moto autant que faire se peut. C'était aussi la route que tu avais envisagée au départ. Moins de côte, moins de mer à traverser. Mais incompatible avec les exigences administratives.

Le soir, tu réalises que depuis quelques temps, les soirées sont devenues reconnaissables. Tu as même été surpris par l'obscurité en te réveillant la nuit dernière. Il y a un mois, alors que tu étais sur le Kolyma, il était bien difficile de distinguer la nuit de la journée. Le solstice d'été s'éloigne. Il est d'ailleurs probable que l'état de la mer soit lié à l'influence du soleil. Au moment du solstice, la stabilité de la position du soleil doit limiter son impact sur les marées. En revanche, au plus on se rapprochera de l'équinoxe, au plus les trajectoires du soleil influeront sur les marées. Et l'amplitude des marées doit amplifier l'amplitude des vagues. Tout cela est nouveau pour toi.



Mardi 5 août 2014

Tu passes la journée à mettre à jour tes blogs, à répondre à tes mails en retard. Tu ajoutes des dessins que t'avait envoyés Gilbert juste avant ton départ. Tu n'avais pas eu le temps de t'en occuper avant. Tu continues aussi à regarder les fichiers météo, mais plus avec la même attention. Pour l'instant, le retour d'une mer calme n'est toujours pas prévu.

L'après midi, tu reçois un appel de Kosta qui vient aux nouvelles. Tu lui expliques le renoncement, tes déceptions, mais aussi la volonté de relancer un voyage pour dans deux ans. Kosta serait partant pour assurer le suivi au Chukotka. Une nouvelle qui te réjouit. Il te faudra trouver des sponsors d'une part, et des compagnons de route d'autre part.

Kosta t'impressionne par sa connaissance du terrain. Tu regrettes de ne pas l'avoir interrogé dès votre rencontre à Bilibino. Il t'aurait apporté la solution.

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Mercredi 6 août 2014

Tu traînes sur internet. Difficile de garder le moral.

Tu repars en début d'après midi en balade vers Amguema. C'est la seule route depuis Egvekinot avec celle de Bilibino et tu préfères éviter les traversées de rivières la veille du départ. Tu poursuis après Amguema pour repérer la piste qui part vers l'Est, vers le fleuve Vankarem.

Un engin amphibie arrêté près d'une ruine. Tu salues et continues ta route encore une vingtaine de kilomètres. Tu regardes la carte sur ton GPS : tu es monté trop au nord. Demi tour. En rejoignant l'engin amphibie, tu réalises qu'il est garé là où devrait se situer l'intersection. Mais tu ne vois aucune piste qui parte de cet endroit. Peut être le trou au milieu d'un buisson ?

Tu discutes un moment avec les personnes près de l'engin « passe-partout ». C'est ainsi qu'on l'appelle en Russe. Ils arrivent d'une mine et attendent un bus qui vient les chercher. Le conducteur connait Kosta. C'est bien le véhicule que devrait louer Philippe pour l'accompagner. Un mastodonte... « Quelle consommation ? 120 litres de gasoil au cent kilomètres. Pourrait-il se rendre à Provideniya ? Non, pas Provideniya. ». Tu te doutais de la réponse. Provideniya est cernée au nord par des montagnes.

Tu les quittes et croiseras effectivement un « bus » une demi heure plus tard. Dans la région, les « bus » sont des camions aménagés. Pas grand chose à voir avec les bus parisiens.

Tu profites de la balade. Peu de photos, mais tu t'arrêtes à nouveau près de la montagne orange, la couleur de KTM. Tu trouves même de l'herbe KTM dans des étangs.

Tu rentres juste pour le repas du soir après être passé au port pour demander à quelle heure partira le bateau. Ce sera demain en début d'après midi. En laissant la moto tu réalises que les attaches des deux clignotants arrières ont lâché. Trop de vibrations, trop de chocs. Réglé pour la pleine charge, ton amortisseur est probablement trop dur. Tu avais eu la flemme de modifier le réglage.

Ludmila te propose de l'accompagner pour sa promenade du soir. Elle te raconte comment elle est arrivée à Egvekinot pendant l'époque soviétique. Elle travaillait à l'aéroport, et la ville comptait trois fois plus d'habitants qu'aujourd'hui. Travailler au Chukotka présentait des avantages financiers importants : la paye était deux fois et demi plus élevée que dans le centre du pays, et chaque mois passé comptait un mois et demi pour la retraite. Et puis elle a aimé le Chukotka, sa nature. Alors que beaucoup partaient après l'effondrement de l'Union Soviétique, elle a décidé de rester. Sa vie est désormais ici.

Elle occupe deux appartements voisins dans un vieil immeuble. Elle vit avec son chien dans le premier et recueille des chats abandonnés dans le second. Elle héberge actuellement 52 chats. Il y a-t-il une limite ? Quand elle n'en avait que 8, elle pensait que 8 était la limite. Aujourd'hui, elle croit que la limite est à 52. Mais si quelqu'un laisse à nouveau un chat sur le pas de sa porte, elle ignore ce qu'elle fera. Dommage, car le nombre 52 est spécial. Les jeux de cartes...

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Jeudi 7 août 2014

Tu recharges le bateau sur la moto et fais tes adieux. Tu commences à connaître du monde dans cette petite ville. Avant hier, quelqu'un que tu pensais n'avoir jamais vu t'a appelé par ton prénom.

Quelques courses pour le cas où le bateau ne servirait pas de repas. Il y a un nombre incroyable d'épiceries à Egvekinot. Comme à Bilibino d'ailleurs. Elles se ressemblent toutes, mais elles diffèrent souvent par quelques produits. Rentrer dans une épicerie, regarder, et en ressortir sans achat est fréquent. Au début cela te gênait, mais tu visites désormais trois ou quatre épiceries avant de trouver ce que tu cherches exactement.

Tu as rendez vous au port avec Ludmila. C'est officiellement elle qui doit livrer la moto. Le navire transporte du charbon. Il est le jumeau de celui que tu avais pris pour revenir d'Anadyr. La moto est rapidement embarquée et tu dis au revoir à Ludmila.

Tu discutes un moment avec le représentant de la compagnie maritime. Tu lui expliques l'échec du voyage actuel, et ta volonté de revenir pour le mener à terme. Il pense que sa compagnie, qui souhaite faire la promotion touristique du Chukotka, sponsoriserait un tel projet. Il en parlera avec son directeur. Il peut aussi t'aider si tu as besoin de renseignements pour les navires. Tu aurais eu bien besoin de son aide en arrivant à Egvekinot.

Pour un futur voyage, tu penses qu'à plusieurs motards et l'aide de Kosta, le voyage pourrait faire l'objet d'un reportage. Il y a vraiment matière à filmer, aussi bien dans le centre du Chukotka que sur les côtes.

Le vent est fort dans la baie, et le navire a des difficultés pour s'éloigner du quai. Mais une fois lancé, il reste étonnamment stable. A bord, les quelques passagers sont les personnes que tu avais croisées près de l'engin amphibie, au Nord d'Amguema. Ils travaillent dans une mine d'or, et prendront un avion pour Moscou. Leurs vacances annuelles.

Il y a aussi Igor, dit Igor Diesel, un marin-motard qui vient de Vladivostok. Il a vu l'autocollant des « Iron Tigers » sur la moto. Le motoclub de Vladivostok qui t'avait hébergé en 2010. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux t'adresser à lui.

Sur le pont, tu admires les paysages. La baie d'Egvekinot possèdent plusieurs branches qui s'enfoncent dans les montagnes. Des fjords de très grande beauté. A nouveau des regrets de ne pas avoir randonner en bateau dans cette baie.

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Vendredi 8 août 2014

La traversée est rapide. Moins d'une vingtaine d'heures. Arrivés à Anadyr, les passagers rejoignent la ville sur un petit bateau. Mais le cargo doit rester ancré au milieu de la rivière, attendre son tour pour charger du charbon. Le capitaine t'indique que tu ne récupèreras ta moto que demain matin, à 8h.

Avant de quitter le port, tu rends visites au dispatcher. Un navire devrait partir pour Vladivostok en milieu de semaine prochaine. Il te conseille de lui téléphoner lundi ou mardi matin.

Une fois en ville, tu demandes à un passant où trouver une gotsinitsa. Il te conduit.. vers le fameux hôtel grand luxe où tu avais fini par prendre un repas. Le « Chukotka ». Tu arrêtes ton guide à 100 mètres de l'hôtel. Tu ne souhaites pas un hôtel « cinq étoiles », mais une simple gotsinitsa. Il t'amène à un second hôtel. Peut être un « trois étoiles ». Celui-ci est encore trop bien, trop cher, mais tu renonces à en demander un troisième. Avec un peu de chance, tu repartiras au bout de deux ou trois nuits. Tu es surpris que, poussiéreux comme tu es, les gens te conduisent dans les hôtels chics.

Tu laisses tes affaires à l'hôtel et te rends à l'aéroport qui se trouve de l'autre coté de la rivière. La barge passe devant le Professeur Kromov, le bateau de Russ qui est déjà rentré de sa croisière. Une fois à l'aéroport, tu recherches le « Cargo terminal », la zone de fret. La dame qui te reçoit semble peu disponible, mais elle fera de son mieux pour t'aider. Les motards Français ont la côte. Tu téléphones à Kosta pour qu'il joue les traducteurs. Tu sais que les informations pourront servir à Philippe.

Au final, l'expédition de la moto devrait être possible, mais il faut attendre l'accord de Moscou. Une moto est considérée comme une « dangerous good » et l'acceptation n'est pas automatique. Tu n'auras pas de réponse avant lundi soir, voire mardi matin, et ce sera trop tard pour l'avion de lundi. Tu t'es une nouvelle fois fait piéger par les weekends. Donc si tu prends l'avion, ce sera vendredi prochain. Te voilà pour une semaine à Anadyr. A moins que tu ne prennes le bateau pour Vladivostok, mais cela rajouterait au moins trois semaines de voyage. Attendons lundi.



Samedi 9 août 2014

Le capitaine du navire t'avait demandé d'être présent sur le port à 8h, mais le bateau n'accostera qu'à 10h. Un retard « normal » en Russie. Une fois rentrer à l'hôtel, tu regardes sur tes cartes les routes au départ d'Anadyr. Tu as envie de rouler à moto et de découvrir la région. Tu es vite refroidi : il n'y a aucune route à partir d'Anadyr. Du moins pas de route d' été. Les habitants sont ici comme sur une île. Ils peuvent prendre une barge pour l'autre rive, là où se situe l'aéroport, mais c'est tout. Tu comprends pourquoi il n'y a pas de moto à Anadyr. Pourquoi les taxis prennent 100 roubles quelque soit ta destination. Seul le bateau aurait pu te permettre des balades, mais le temps de montage est bien trop long.

Tu appelles Kosta pour savoir s'il ne connait pas des chemins non repérés sur les cartes. Il te propose de passer sur l'autre rive. Là, tu pourras prendre une route sur 8 km et visiter les ruines d'une base abandonnée de missiles intercontinentaux. C'est un peu limité comme balade, mais pourquoi pas. Tu iras lundi en allant rendre visite à la dame du « Cargo Terminal ». Le temps va passer lentement à Anadyr.

Une petite marche. Sur la place du musée se tient un spectacle, une sorte de kermesse avec des animations pour les enfants. Sur une estrade des danseurs Tchouktches assurent le spectacle. Des jeunes gens se relaient pour chanter et danser sur des airs de musique traditionnelle.

Tu rentres à l'hôtel. Tu vas avoir du temps. Tu peux commencer à travailler sur un second voyage.

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Mercredi 23 juillet 2014

Tu es sur le bateau comme prévu à 7h. Alors que tu prends un café, une jeune femme vient te voir : Natalia. Elle a été ton contact au Ministère des Sports et du Tourisme pour les autorisations. Tu lui dis avoir croisé rapidement Mille la veille. Tu sens qu'elle est déçue par ton niveau de Russe. Vous n'aviez échangé que des mails et tu utilisais intensément GoogleTranslate.

Ta cabine est confortable et tu relis les textes en retard pour ton blog en Anglais. Au repas du midi, tu arrives parmi les derniers dans la salle de repas, et t'assois à l'une des dernières places libres, en face de Natalia. Tu es surpris car il y surtout des Russes autour de cette table. Alors que tu demandes à ta voisine si elle est en croisière, elle t'explique qu'elle est Irina, la Ministre des Sports et du Tourisme du Chukotka. Elle même qui t'a obtenu tes autorisations. Elle t'explique aussi que ce voyage n'est pas une croisière, mais que tous les passagers viennent de participer aux « Artic Games », qui se sont déroulés près de Provideniya. Il n'y a pas que des Canadiens sur ce bateau, mais aussi des Islandais, des Russes, des Norvégiens et aussi des habitants du Groenland. Le navire a amené sur place les participants, et a du servir d'hôtel pour la durée des jeux.

Le soir, tu assistes à une projection de photos sur le déroulement des jeux. De très belles photos pour un bel évènement. Un évènement confidentiel davantage culturel que sportif. Pas vraiment des jeux « olympiques », même si le sport en était le fil conducteur. L'occasion de réunir des jeunes, et des moins jeunes, des différentes régions polaires. Tu aurais aimé être présent. En tous cas, tous les participants semblent ravis. Tous semblent liés d'amitié.

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Jeudi 24 juillet 2014

Vous arrivez tôt le matin et le bateau est ancré au centre de la rivière, entre Anadyr et l'aéroport qui se trouve sur l'autre berge. Les trois quart des passagers reprennent un avion aujourd'hui. Les autres n'auront leur avion que le demain mais ils se rendent à terre pour se promener. Tu restes avec l'équipage, pour profiter d'internet, pour préparer la suite, la traversée. Rodney, le propriétaire du bateau t'a prévenu que tu ne pourras débarquer que demain, avec la barge qui viendra refaire l'approvisionnement du bateau.

Tu poses des questions à Rodney sur ta route pour traverser le détroit de Bering. Il est la meilleure personne que tu pouvais rencontrer pour en discuter. Il te déconseille vivement de passer au large du Cap Chaplino qui se situe juste à l'Est de Provideniya. Trop de vagues, trop de courant, trop dangereux. Il y a une piste qui te permettrait de le contourner en moto et d'arriver, à 20 km au nord de Provideniya, dans la zone protégée par les îles. Cela te ferait gagner plus de 100 km de navigation. De là, tu pourrais naviguer vers Lavrentiya, puis traverser le détroit au sud des Iles Diomèdes. Il pense que cette traversée est faisable, et tu es heureux de l'entendre. Encore faut-il que tu aies l'autorisation de quitter la Russie depuis cet endroit plutôt qu'au port de Provideniya.

Le repas du soir est en comité réduit. Vous n'êtes plus qu'une quinzaine de passagers. Tu es assis en face de Mille qui parle avec Rodney de sa vie en Alaska. Mille n'a pas la nationalité américaine, elle est Danoise. Ses péripéties pour l'obtention de la carte verte, sa vie avec ses chiens de traineaux.

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Vendredi 25 juillet 2014

Les derniers passagers sont partis. Il ne reste plus que l'équipage qui prépare le navire pour la prochaine croisière. Tu passes à nouveau un moment à discuter avec Rodney. Vous vous racontez rapidement vos vies, vos voyages, vos projets. Il est le seul avec qui tu auras vraiment communiqué, et c'est plutôt une surprise.

Tu débarques en ville vers midi et te rends directement au port. On te dirige vers le « dispatcher », la personne qui connait la liste des départs prévus. Tu échanges en Russe avec lui comme tu le peux, mais tu comprends trop bien ses réponses :

  • Provideniya ?

  • Aucun bateau pour Provideniya !

  • Mais le Seagrand ? Niet, il se rend à Vladivostok.

  • Quand un bateau pour Provideniya ?

  • Il y a un seul bateau prévu pour l'instant : le 11 août, et ce sera un bateau de passager qui ne pourra pas prendre la moto.

  • Et ensuite ?

Il n'en sait rien... Après le 15 août ? A Egvekinot, le Seagrand était le porte-containers qui se rendait aussi à Anadyr. On t'avait dit qu'il irait ensuite sur Provideniya, mais sa destination a changé.

Déception. Ta venue à Anadyr n'a plus de sens. Tu ne souhaites pas y rester. Retourner à Egvekinot ? Il y a un bateau ce soir, puis le prochain dans une semaine. Tu le quittes pour réfléchir et reviens dix minutes plus tard : tu retournes à Egvekinot dès ce soir. Tu y feras des essais, et tu verras bien ce qui se passera ensuite : soit tu te lanceras à longer la côte, soit tu attendras un bateau, soit tu abandonneras la traversée et rentreras à la maison. Soit... tu verras bien.

Tu auras perdu quelques jours dans cet aller-retour inutile. Mais il t'aura permis de rencontrer Mille, Irina et Natalia. Et surtout Rodney qui t'aura instruit sur la navigation dans le détroit. Au final, pas tout à fait du temps perdu.

Le bateau pour Egvekinot est en cours de chargement. Il transporte du charbon. A part Bilibino qui avait sa centrale nucléaire, la seule au monde au dessus du cercle polaire, toutes les villes ont des centrales thermiques au charbon. Des centrales indispensables au chauffage des habitations l'hiver. Leur réapprovisionnement est la principale activité de la navigation, quelle soit maritime ou fluviale.

Le dispatcher te demande de revenir à 15h pour que les gardes frontières vérifient tes papiers. Tu pars en ville à la recherche d'un restaurant. Tu en trouves un au centre, mais trop chic. Tu t'en éloignes et demandes aux passants où en trouver un autre. A chaque fois la réponse est la même : il n'y en a pas par ici, mais tu peux aller à celui du centre. Tu es fatigué par cette recherche, et tu finis par te résigner à rentrer dans ce restaurant « class ». Tu as l'air d'un clown. Tous les clients sont des hommes d'affaires. Tous très bien habillés. L'ambiance est très chic. Heureusement, il y a un vestiaire où tu peux laisser ton sac, ton casque et ta veste. Tous poussiéreux. Quand tu rentres dans la salle avec tes bottes ouvertes, ton pantalon sale et ta polaire, tu ne te sens vraiment pas à ta place. Les serveuses paraissent gênées. Tu manges un plat de poisson aussi rapidement que tu le peux, prends un expresso et t'enfuis retrouver la pluie.

A 15h, tu retournes dans le bureau du dispatcher. Les gardes frontières inspectent tes papiers. Tout est en règle, ils le signaleront au capitaine. Tu doit revenir maintenant à 19h pour l'embarquement.

De retour en ville, tu vas te garer près de l'église. Tu aperçois sortant d'un immeuble voisin Irina et Natalia. Tu as juste le temps de leur expliquer que tu retournes sur Egvekinot car elles sont pressées. Près de l'église, des touristes Suédois et Suisses. Ils prennent le bateau de Rodney pour la prochaine croisière. Vous rentrez ensemble au musée. Photos interdites sauf à payer quelques euros. Vous payez dix euros chacun pour voir deux salles sans intérêt, et la caissière vient te chercher pour te mettre dehors car tu restes plus que 5 minutes dans l'une des deux salles. Incroyable. Les musées de Bilibino et d'Egvekinot étaient incomparablement plus intéressants, mieux fournis et surtout mille fois plus accueillants. Tu continues à errer sous la pluie. Tu rentres dans un salon de coiffure pour te faire couper les cheveux. Tu es le seul homme, mais tant pis. La coiffeuse est une artiste de la paire de ciseaux, et elle est souriante. Son sourire te réchauffe.

A 19h, tu es sur le quai. Vous êtes une dizaine de passagers. Un nouveau tour dans les airs pour la moto. Tu es devenu efficace pour la décharger et la préparer pour la grue. Tu as droit à une cabine individuelle alors que les autres passagers sont deux ou trois par cabine. L'équipage, mais aussi d'autres passagers discutent avec toi. Tu te sens déjà plus à l'aise que sur le bateau de Rodney. Trois jeunes se rendent à Egvekinot pour un concert. Ils s'intéressent à ton voyage et tu leur montres la vidéo. Tu es toujours heureux de voir les sourires quand les gens comprennent le principe de la moto-bateau.

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Samedi 26 juillet 2014

Toujours du mauvais temps. De la pluie, le froid, du brouillard et des vagues de 2m. Tu n'aimerais pas naviguer sur ta moto dans ces conditions. Ce cargo est beaucoup plus stable que le bateau de Rodney. Beaucoup plus gros, beaucoup plus long.

Au petit déjeuner, l'un des jeunes musiciens souhaite te parler. Il veut que tu fasses une intervention au micro lors de leur concert, que tu pousses quelques cris. Cela ne te dit pas, et il est déçu. Mais tu viendras assister à leur concert.

Tu retournes sur le pont en début d'après midi. La mer est devenue plate. Bien sûr, vous êtes déjà rentrés dans la longue baie d'Egvekinot, mais le contraste avec ce que tu as vu trois ou quatre heures plus tôt te surprend.

Une fois débarqué, tu rejoins la gotsinitsa. Tout le monde a l'air heureux de te revoir. Tu retrouves la même chambre. Tu es devenu un habitué.

Le soir, le concert se déroule au rez de chaussée de la gotsinitsa. Mais tu t'endors avant le début des festivités...

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Dimanche 27 juillet 2014

Tu hais les weekends dans les petites villes Russes. L'activité la plus répandue consiste à boire de la vodka. La plupart des gens que tu croises titubent et sentent la vodka, et cela te met de plus en plus mal à l'aise. Vivement lundi.

Tu voulais aller à Amguema, mais il pleut et la visibilité est bien faible. Tu commences donc à monter ton système de transmission pour le bateau. La bonne nouvelle est que toutes les pièces ont bien voyagé. Tes emballages étaient à la hauteur du trajet.

Tu mets plus de temps que prévu pour le montage. Tu avais déjà oublié tous les détails. Tu alternes les séquences de mécaniques et les recherches sur Internet.

Quelques bonnes nouvelles : Dominique, un ami qui a navigué en solitaire en Atlantique veut bien t'aider pour la météo. Tu télécharges régulièrement les fichiers GRIB de la région, mais tes connaissances de la mer sont bien faibles, et tu as besoin de ses conseils.

Enfin, tu découvres que Nunligran, qui est à mi-chemin entre Egvekinot et Provideniya est un vrai village, avec environ 300 habitants. Peut être il y a t-il de l'essence ? Pour le moins, il y aura un magasin et tu pourrais certainement y faire une pause. La distance entre Egvekinot et Provideniya est de 450km. Tu ne te sens pas de te lancer pour un tel trajet. Alors que couper en deux parties, cela devient plus réaliste.

Tout dépendra de tes tests. Au moment de partir, tu commençais juste à déjauger. Mais tu n'as pas eu le temps, ni la météo favorable pour tester sérieusement ce mode « planing ». Beaucoup de choses à vérifier avant de se lancer pour une grande traversée.

Le soir, tes voisins de chambre viennent te voir. Tu passes un moment avec eux, leur explique tes voyages. Le plus jeune, Dima, semble particulièrement intéressé. Tu vas aussi chercher ton livre pour leur montrer. A chaque fois, les Russes de Sibérie sont surpris que l'on puisse faire de tels voyages. Et tu es content d'apporter des surprises.

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Lundi 28 juillet 2014

Tu finis de préparer les affaires pour les essais. Tu rends visite à Maria. Tu lui dis que tu recherches des informations sur Nunligran. Peut être que les représentants locaux des Tchouktches pourront-ils t'aider. Elle va se renseigner.

De retour à la Gotsinitsa, tu croises Dima. Tu pensais qu'il travaillait, mais il n'a pas de travail actuellement. Il doit probablement en chercher. Tu lui demandes s'il pourrait te donner un coup de main cet après midi pour le montage de la moto en mode bateau. Il est d'accord.

Vous prenez le café avec Dima avant de vous rendre en bord de mer. Il semble désormais réticent. Tu comprends pourquoi il ne travaille pas actuellement : il a une fracture de la main... Mais il t'assure qu'il peut t'aider avec sa main valide. Pourquoi pas.

Vous devez vous retrouver en bord de mer. Tu t'y rends, avec la moto chargée, mais Dima n'arrive pas. Tu l'attendras en vain. Incompréhension ? Ce n'est pas bien grave.

Personne sauf un homme qui dénoue un filet de pêche près d'une cabane. Tu t'approches et essayes d'engager a conversation. Tu lui expliques ton projet. L'homme est surpris et il téléphone aux gardes frontière qui vont arriver. Etonnant, mais pourquoi pas... Tu appelles Bob d'Irkoutsk pour qu'il te traduise ce qui se dit. Tu ne connais pas l'officier qui se présente, mais il est au courant de ton projet, probablement par ses collègues. Il sait donc que tes papiers sont en règle, mais il te met en garde contre les dangers de la mer. La baie est protégée, mais personne n'en sort avec un petit bateau. Tu sais cela.

Une fois le garde frontière parti, tu continues la discussion avec le pêcheur, rejoint par deux de ses amis. Tu sors ta carte du Chukotka, et vous parler de la route. Nunlingran ? Personne n'y va depuis Egvekinot. Mais il te confirme que tu pourrais naviguer dans une lagune ouverte à ses deux extrémités pour les 80 premiers kilomètres. C'est toujours cela de gagner. Après ? Les vagues te renverseront. Cela le fait sourire. Pas très engageant.

Tu comprends que la navigation soit dangereuse. Les conditions peuvent changer rapidement. Tu sais que ce trajet n'est possible pour toi que si tu es aidé pour la météo. Si tu peux être certain de conditions favorables.

Il n'y a pas en Russie de culture « prévisions météo » pour les plaisanciers. Il n'y a d'ailleurs pas de réels plaisanciers dans un endroit comme Egvekinot. Seulement des gros navires, et puis des particuliers – souvent des pêcheurs occasionnels - qui restent dans les environs. Tu comprends bien que personne ne se rende à Nunlingran depuis Egvekinot.

Tu cherches aussi une solution pour la nuit. Si tu montes la moto sur le bateau, où la laisser ? Sur la plage ? Pas très sûr, et la marée la chahutera. Trouver une cabane ? Il faudrait traîner le bateau sur les pierres. Il faudrait alors que tu trouves à chaque fois beaucoup de bras pour t'aider, et tu multiplierais aussi les risques de crevaisons du bateau sur les pierres. En revanche, plusieurs bateaux sont amarrés à des bouées. Tu penses qu'il te faut trouver une bouée libre ou fabriquer une ancre. Il y a plein de morceaux de ferraille sur la plage, qui n'est pas vraiment une plage. Tu laisserais le bateau au mouillage et rejoindrais la berge à la nage. L'eau est glacée, mais tu as ta combinaison sèche. Il n'y qu'une bonne cinquantaine de mètres à parcourir. L'eau de mer n'est pas bonne pour la moto, mais il faut faire ces tests. Tu feras un passage dans une rivière dès que tu repasseras en mode moto.

Tu demandes au pêcheur s'ils possèdent l'une de ces bouées. Non, ils rentrent leur bateau dans leur cabane. Bien sûr, les bouées que tu voies ont toutes des propriétaires. Comment trouver un propriétaire de bouée ? Il n'en sait rien, ou ne comprend pas ce que tu lui demandes.

Le temps a passé. Il est bientôt 15h30, et Dima n'est pas venu. Tu rentres à l'hôtel un peu dépité. Tu décharges le bateau et la mécanique pour la nuit. Entre temps, Maria t'a appelé pour te proposer de faire une présentation demain matin aux enfants de l'école. Rendez vous demain 10h.

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Mardi 29 juillet 2014

La présentation a lieu à la bibliothèque municipale. Tu présentes en Anglais tes deux voyages. Celui de 2010-2011, et celui en cours. Les enfants ont à nouveau beaucoup de questions. On t'épargne la séance d'autographes, mais tout le monde souhaite te photographier. Tu acceptes de bonne grâce, te souvenant que, plus jeune, tu refusais systématiquement.

Ensuite, la directrice et la professeur d'anglais qui a assuré la traduction te font visiter l'école. Il n'y a plus qu'une seule école dans la ville, alors qu'elles étaient 3 pendant la période soviétique. Aujourd'hui 400 élèves de la primaire à la terminale. Les bâtiments, le matériel, sont en très bon état.

Beaucoup de photos dans les couloirs. Des activités sportives, mais aussi des activités militaires. Tu ignorais que ces « jeux militaires » commençaient dès l'école. Tu es surpris, mais la directrice comme la professeur d'Anglais semblent trouver cela tout à fait naturel. Et leurs élèves sont particulièrement bons dans ce domaine. Tu comprends pourquoi l'omniprésence de la chose militaire ne choque pas : elle est rencontrée dès l'école.

Tu rentres à l'hôtel pour le déjeuner, puis te rends à nouveau sur la plage. Il y a deux petits bateaux qui viennent d'arriver. L'un d'eux amènent des enfants Tchouktches mais le pilote est un Russe-européen. Il semble proche de ces enfants et te paraît être un homme bon. Tu essayes de discuter avec lui. Ils viennent d'un village, Kanerguina, situé à mi-chemin de la sortie de la baie, à 45 km.

14h. Tu sais que tu n'installeras plus la moto sur le bateau aujourd'hui. Il est déjà tard pour la marée. Tu vas rendre visite à Maria. Elle a des informations pour toi : tout d'abord le prochain bateau pour Provideniya partira le 12 août. Probablement le bateau de passagers dont t'avait parlé le dispatcher d'Anadyr. Ensuite, pour Nunlingran, là... elle ignore toujours si l'on peut y trouver de l'essence. Nunlingran ne dépend pas d'Egvekinot, mais probablement de Provideniya.

Tu lui parles des bouées d'amarrage. Elle appelle le responsable des sports de la ville. Le service des sports a un bateau attachée à une bouée. Ils veulent bien que tu t'amarres dessus. Enfin un souci de régler.

Tu demandes aussi au directeur des sports s'il ne connaitrait pas une personne qui pourrait t'aider pour installer la moto sur le bateau. Tu penses pouvoir y arriver seul, mais tu n'en es pas certain. Et il ne faudrait pas te faire surprendre par la marée, seul avec la moto démontée et posée sur la plage.

Il téléphone à une personne qui vous rejoint et qui pourra t'aider. Serguey te semble être un retraité. Vous n'êtes probablement pas tous les deux parmi les plus vaillants mais vous devriez y arriver. Rendez vous est pris pour demain 13h.

Tu reviens vers la ville. Tu essayes de trouver des grands sacs poubelles en plastique, mais le concept de sac poubelle n'existe pas. Depuis que tu es en Russie, tu réalises qu'il y a souvent des objets ordinaires que l'on trouve partout ailleurs, sauf ici.

21h. Tu es sur internet après avoir rédigé ce texte. On frappe à ta porte. Probablement quelqu'un qui souhaite parler moto, ou voyage... Non : une dame en imperméable bleu fermé jusqu'au cou qui te tend une carte de police. Derrière elle, le garde frontière que tu as rencontré hier. Elle souhaite voir tes papiers. Tu n'es pas très inquiet car tu sais qu'ils sont en règle. Ils te demandent quand tu es arrivé, quand tu comptes partir. Tu n'en sais rien. Vous aller dans le bureau de la gotsinitsa. Tu commences à comprendre : les hôtels doivent enregistrer les étrangers au poste de police, et cela n'a pas été fait. Un héritage de la période soviétique qui commence à tomber en désuétude. Là dessus, cela doit faire plus de 8 jours que tu es arrivé à Egvekinot. La policière fait remplir des papiers à l'employé de l'hôtel. Un mauvais moment pour lui. L'administration Russe consomme beaucoup de papier. Tu espères juste que ce ne sont pas des ennuis pour les employés de la gotsinitsa. Ils sont vraiment gentils avec toi.



Mercredi 30 juillet 2014

Tu commences à préparer la moto devant la gotsinitsa. Il pleut et tu es rapidement trempé. A midi, tout est prêt, et tu prends un repas avant de te rendre sur la plage.

Serguey est au rendez vous. Vous dépliez le bateau, installer la moto dessus avant de retirer les roues. Les choses se passent raisonnablement bien. Tu es heureux de ne rien avoir oublié, sauf peut être quelques détails de montage. Il y a un nombre important de détails, et le temps passe, toujours sous la pluie. Vous avez froid.. Tu n'as rien sur la tête, et tes cheveux sont trempés depuis longtemps.

Un homme, Tolek, assiste au spectacle. Il a une vieille cabane juste à coté. Il semble ami avec Serguey, et il vous donne un coup de main par moment.

Tu as prévu un petit amortisseur entre le bras oscillant et la moto. Mais la vis de fixation se casse. Le filetage sur le bras oscillant a pris trop de boue. Tu aurais du le nettoyer au préalable. C'est désormais trop tard... Impossible de retirer la partie de vis qui est bloquée. Tu ne sais plus bien combien est important cet amortisseur, mais il faudra t'en passer pour les tests. Tu sais qu'il n'est pas indispensable car tu l'avais ajouté tardivement.

Les deux pêcheurs que tu as rencontré hier passent rapidement. Celui avec qui tu avais discuté semble toujours aussi sceptique. Tu comprends dans paroles « pas sérieux ». La remarque t'énerve. Bien sûr que tout cela n'est pas sérieux! Il l'est lui sérieux avec sa tenue militaire, son double menton et sa barque en métal défoncé ?

Vous avez terminé, et il te faut aller accrocher le bateau à la bouée. Un homme est allé lui aussi ancrer son bateau à l'aide d'un mini canot pneumatique. Serguey va lui demander s'il peut te le prêter. Réponse négative. Tu pars donc à la rame vers la bouée, et rentres à la nage, dans une eau sombre, sale... Quand tu rentres dans l'eau, tu te demandes si ta combinaison sèche est toujours bien étanche après avoir traverser la Russie. Heureusement, elle l'est. La nage te réchauffe, et tu ressors de l'eau finalement plus en forme que lorsque tu y est entré. Près de la berge, une pellicule d'huile flotte en surface. Il te faut aussi éviter les débris de verre qui sont un peu partout mélangés aux pierres. Toujours l'épidémie de vodka.

Tu laisses ta combinaison pendue dans la cabane de Tolek. Tu demandes à Serguey combien tu lui dois. Tu voudrais le payer mais il refuse et te propose plutôt d'aller acheter une bouteille de vodka. Tu touches le fond, mais comment refuser...

Vous vous rendez dans un magasin près de la gotsinitsa. Serguey prend aussi une bouteille de vin car tu lui as dit que tu ne boiras pas de vodka. Vous rentrez ensuite dans ta chambre. Tu as quelques provisions et vous pourrez ainsi diner.

L'ouverture de la bouteille de rouge se passe mal. Tu en renverses sur la nappe, sur le torchon que tu avais mis pour protéger la nappe. Les bouteilles de vodka descendent, et tu commences à voir tes compagnons bien atteints par l'alcool. De ton coté, tu auras bu un demi-verre de vin et iras jeter ensuite le reste dans les toilettes. Une mauvaise cuvée.

Alors que tes compagnons te quittent en titubant, tu reçois un appel de Kosta. Il voudrait savoir si tu seras toujours là à l'arrivée de Philippe. Mais Philippe est toujours à Seymchan, donc n'atteindra pas Egvekinot avant le 15, voir le 20. Bien tard pour toi.

Tu te connectes sur internet et regardes le site du monde, et les actualités ne risquent pas de te rendre plus joyeux. Une très mauvaise journée dans le monde comme à Egvekinot.

Mais la moto est enfin en mode bateau.

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Jeudi 31 juillet 2014

Encore la pluie toute la nuit. Tu reconnais que le moral n'y est pas, mais tu essaies d'assurer. Une bonne douche, un peu de ménage, quelques mails aux proches.

9h. Au moment de partir, la pluie s'interrompt et un coin de ciel bleu s'installe au dessus d'Egvekinot. Elle a enfin pitié de toi, la pluie. Tu te diriges vers la plage avec un peu d'appréhension. Le bateau sera-t-il comme tu l'as laissé ? Un des flotteurs ne sera-t-il pas dégonflé ? La moto ne baignera-t-elle pas dans l'eau ? Non, tu aperçois la moto, rien de changé depuis hier soir.

Alors que tu te prépares, un coup de téléphone : une dame parlant anglais te dit que tu es convoqué cet après midi au bureau des migrations, qu'elle sera présente pour traduire. Tu te demandes ce qu'ils te veulent, mais pourquoi pas.

Sur la plage, Tolek. Tu es prêt à rejoindre le bateau à la nage quand vous apercevez un homme avec un mini-canot. Tolek lui empruntes et tu peux récupérer ainsi le bateau au sec.

Les essais commencent. Il te faut d'abord régler l'équilibre des appuis pour que le bateau ne vire pas trop d'un coté, que tu puisses le diriger simplement en déplaçant ton poids.

Et puis tu essayes de déjauger. Rien à faire. Tu essayes plusieurs angles d'inclinaison, tu règles la tension de la courroie, mais à chaque fois que tu accélères, l'air atteint l'hélice qui rentre en « cavitation ». Cela se passe à chaque fois que tu atteints les 10-11 km/h. Tu t 'étais battu contre ce phénomène pendant des mois et pensais l'avoir réglé juste avant le départ. Mais tu n'avais pas pu faire tous les essais voulus, faute de temps et de météo favorable.

Sans déjauger, ta vitesse de croisière est d'environ 5 kts, soit une dizaine de km/h. Elle serait du double si tu déjaugeais, et tu consommerais moins.

Pourquoi ce problème ? Lorsque tu as déjaugé, tu avais calfeutré les trous autour de la courroie avec du scotch. C'est maintenant du caoutchouc, découpé dans de la chambre à air, qui bouche ces trous. Le scotch ne convenait pas vraiment car il ne durait pas. Le caoutchouc serait-il trop souple ?

La solution définitive consisterait à enfermer la courroie dans un tube, ce qui permettrait aussi de la protéger des bouts de bois des rivières. Mais ce n'est pas quelque chose qui peut être réalisé rapidement, et encore moins à Egvekinot.

Tu arrêtes les essais en début d'après midi. Tu perds l'espoir de déjauger de manière fiable à court terme. Donc de rejoindre Provideniya sur ton moto-bateau. 400Km à 10km/h signifie 40 heures. Trop risqué, trop long.

Tu rentres à l'hôtel. Natalia, la gérante de l'hôtel vient te chercher. Tu comprends qu'elle veut t'emmener au bureau des migrations, mais c'est d'abord dans d'autres bureaux, peut être un service municipal que vous vous rendez. On photocopie tes papiers. Natalia te guide ensuite au bureau des migrations. Tu ne la reconnais pas de suite, mais c'est la dame en imperméable qui t'avait rendu visite l'autre soir qui est là derrière son bureau.

La traductrice est aussi présente et tu la connais : la guide du musée. Elle a aussi droit à des photocopies de passeport, des papiers,... Tu lui demandes si elle est aussi étrangère, mais non : elle est pour l'occasion traductrice officielle, donc il faut photocopier ses papiers et ses diplômes.

Les séances de photocopies se terminent après une bonne demi heure, et commence alors l'interrogatoire. Des dizaines de questions sur ton identité, ton emploi du temps, ton arrivée, tes relations avec les personnes de la gotsinitsa, combien tu payes, etc... Une question qui te surprend : fais tu l'objet d'un suivi psychiatrique ? Pas jusque là.

L'inspectrice rédige le procès verbal, puis la traductrice le traduit oralement avant que tu signes tous ces papiers.

Tu as fini par comprendre le souci de départ : arrivé dans une ville, tu dois te faire enregistrer si tu y résides plus de 8 jours. La date de ta première arrivée est celle qui compte. Tu ne l'as pas fait, et tu es donc en tort. Au final rien de grave, mais il fallait cet interrogatoire et ces papiers pour expliquer pourquoi tu ne l'avais pas fait. Enfin l'inspectrice émet un sourire. Elle est soulagée.

Tu quittes les bureaux, il est déjà 5 heures. Une séance de tourisme bureaucratique qui aura occupé ton après midi. Une fois dans, sa vie, cela mérite d'être vu, mais c'est suffisant. Encore une journée pas vraiment drôle.

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Vendredi 1 août 2014

Tu te lèves tôt avec l'idée d'aller faire un tour de quelques heures sur ton bateau. Tu en profiteras pour refaire quelques tests, sans y croire vraiment. Il ne pleut pas, mais à peine sorti de la gotsinitsa, tu comprends qu'il te faudra attendre : on ne voit pas à 100 mètres à cause du brouillard. Cela limite l'intérêt d'une croisière dans la baie. Mieux vaut attendre.

Vers 10h, toujours du brouillard. Tu vas rendre visite à Maria. Elle a des nouvelles pour toi : un bateau pour Anadyr arrivera Dimanche et partira Lundi. Si tu veux le prendre, il te faut remonter la moto au plus tard demain. Mais récupérer les roues que tu as laissées dans la cabane de la mairie dès aujourd'hui car demain sera weekend. Tout se bouscule.

Tu vas prendre ce bateau, et revenir au mode moto dès aujourd'hui. Maria essaye de joindre la personne qui a la clé de la cabane de la mairie où sont entreposées tes roues. A midi, tu les as récupérées alors que le brouillard s'est enfin dissipé. Tu vois Tolek arriver en titubant. Ivre, il reste calme et gentil. Il répète souvent « pajalousta » (« s'il vous plait »).

Tu empruntes aussi le canot de la cabane de la mairie pour t 'éviter de rejoindre la moto à la nage. Au moins ta combinaison ne sera mouillée que sur la bas des jambes.

Une fois la moto récupérée, tu te mets au travail. Il y en a pour plusieurs heures mais la marée est haute et tu as largement le temps. Tu essayes de tout remonter seul, même si Tolek, rejoint par un autre homme ivre, t'observe et se tient prêt à t'aider. Tu veux vérifier que tu es capable de mener seul l'opération.

Au final, tu feras appel à Tolek et son ami pour ramener la moto vers l'avant au moment de monter la roue arrière : la moto a glissé à cause de la pente, et le bras oscillant s'est trop rapproché de la planche arrière. La roue ne passe plus. Aurais-tu pu te passer de cette aide ? Probablement en dégonflant complètement le bateau à ce moment là. Ou, si tu avais prévu le problème, en accrochant la moto à l'avant du bateau par une sangle. Tu aurais encore pu sortir la moto en la couchant sur le coté, mais autant éviter.

Tu ranges ensuite les outils, mais il te reste à emballer le bateau plein de sable et de graviers. Tu enlèves ton pantalon et rentres dans l'eau pour le rincer. Erreur : tu as oublié de refermer les valves de gonflage, et de l'eau rentre dans une partie des flotteurs. Faudra faire avec.

Le soleil et le vent ont fait sécher la bâche, et t'aident à sécher le bateau. Au moment, de plier, une femme Tchouktche arrive avec ses enfants. Elle était déjà passée hier, alors que tu faisais les essais. Vous aviez papoté. Elle est souriante, à une voix douce, et continue à te poser des questions. Elle t'aide à rentrer le bateau dans son sac. Vers 17h, tu peux enfin revenir à la gotsnitsa. Encore une journée qui ne s'est pas passée comme prévue.

Le soir tu as à nouveau Kosta au téléphone. Il t'apprend beaucoup de choses : tout d'abord qu'il serait probablement possible de rejoindre Provideniya par la terre, depuis Amguema. Un homme qui possède un engin amphibie, probablement le même genre d'engin que celui de Vladic à Bilibino, serait prêt à vous accompagner avec Philippe. Mais Philippe est encore loin d'arriver.. Kosta t'apprend aussi qu'il y a encore un autre village, Enmelen, avant Nunligran. Il connait aussi un propriétaire de bateau à Kanerguina qui peut se rendre à Enmelen. Par saut de puce, on pourrait ainsi arriver à Provideniya.

Tu recherches Enmelen sur internet, et tu trouves effectivement les coordonnées de ce village. En zoomant sur GoogleEarth, on aperçoit des constructions. Tu regrettes de n'apprendre cela que maintenant. Tu ne pensais pas que Kosta pouvait si bien connaître cette partie du Chukotka et les moyens de s'y déplacer.

Vers une heure du matin, tu es réveillé par la musique. Une nouvelle nuit de danse au rez de chaussée de la gotsinitsa. Tu repenses à ce que t'a appris Kosta. Le parcours d'Egvekinot à Provideniya, est au final moins dangereux que tu ne l'avais pensé. Il y a 400km, mais près de la première moitié est protégée, et les derniers 200 km peuvent être découpés en 3 morceaux grâce à ces villages. Mais il reste toujours le souci de l'essence. Et jusqu'en Alaska, il y a tout de même 750 km, ce qui fait beaucoup si tu ne déjauges pas.

Tu repenses aussi à tes essais décevants, au déjaugeage. Tu as jeté l'éponge trop vite. Tu aurais du modifier ton calfeutrage en caoutchouc. Tu aurais du réfléchir plutôt que renoncer. Peut être l'aspect glauque de cette plage, son eau crasseuse ont ils figé ton cerveau.

Une des dernières modifications à consister à rajouter un morceau de caoutchouc en dessous de la plaque anticavitation. C'est peut être une erreur... Si l'air est capturé à cet endroit, il va probablement s'écouler sous la plaque jusqu'à rejoindre l'hélice. Il est encore préférable de laisser l'air dans la courroie... Tu aurais du réfléchir, essayer d'autres choses, supprimer ces morceaux de caoutchouc, et analyser pas à pas le problème.

C'est désormais trop tard, sauf à te rendre à Provideniya, et à y refaire des essais. Si tu le veux, il te reste le bateau de passagers du 11 août. Pas certain qu'il te prenne avec ta moto, mais tu peux toujours demander au capitaine. Ou alors attendre Kosta et Philippe qui arriveront dans deux à trois semaines. Trop tard ? On t'a souvent répété que la météo du mois d'août est mauvaise.

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Samedi 2 août 2014

Encore du brouillard. Tu finis de remettre la moto en état. Il y aura encore le démontage de la transmission et le rangement dans les sacoches.

Tu ne pars en balade qu'en début d'après midi. Depuis deux semaines, tu n'avais plus vraiment roulé. Tu fais l'aller-retour jusqu'à Amguema, 90 km au Nord d'Egvekinot. Tu retrouves les paysages que tu avais aimé entre Bilibino et Egvekinot. Mais tu prends le temps de t'arrêter, de prendre des photos. De prendre des petits chemins vers les rivières. C'est peut être la dernière balade à moto de ce voyage.

A deux ou trois reprises, des véhicules arrêtés. Natalia, la gérante de la gotsinitsa t'avait dit que c'est la période des champignons, les « gribis ». Effectivement, il sont un peu partout dans la toundra. Les animaux doivent apprécier tout autant que les ramasseurs.

Comme chaque soir, tu télécharges le fichier GRIB de la météo. Jusqu'à lundi un épisode de calme sur la côte. Celui dont tu aurais pu profiter. Et puis du mauvais temps, des vagues de 3-4 mètres. Le mois d'août ?

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Dimanche 3 août 2014

Ton dernier jour à Egvekinot ? En tout cas, tu publieras ton blog ce soir. Cela fait bien longtemps que tu n'as pas publié et tes amis commencent à s'inquiéter.

Il te faut aussi décider ce que tu feras une fois à Anadyr. Ce que tu as envie de faire.

Soit rentrer. Ce voyage aura été la reconnaissance souhaitée. Tu as compris les difficultés, les solutions, et aussi rencontrés des gens qui pourront ensuite aider à la réussite d'un second voyage mieux préparé, dans deux ans. En revanche, tu n'es pas certain de pouvoir effectuer ce second voyage. Trouveras tu le ou les compagnons prêts à t'accompagner ? Auras tu une nouvelle fois l'autorisation de traverser le Chukotka ?

Soit tu prends le bateau pour Provideniya si l'on t'accepte avec la moto. Cela te permettra de rencontrer des personnes sur place, de savoir s'il est possible d'obtenir l'accord des gardes frontières pour contourner le Cap Chaplin. Et peut être traverser le détroit si la météo du mois d'août n'est pas aussi mauvaise qu'on ne te l'a dit.

La guide du musée, Ludmila, te téléphone pour te proposer une promenade le long de la côte. Vous passez la matinée à marcher. Tu es heureux de voir de l'eau claire, parfaitement propre. La mer n'est pas partout aussi sale que près de la plage aux cabanes. Le plaisir aussi de la marche. La journée est magnifique. Tu sais que ces deux trois jours qui viennent constituaient la fenêtre météo parfaite pour traverser le Bering. Si tu avais été à Provideniya... Même à 5kts, tu aurais pu tenter l'aventure.

Ludmila prend souvent contact avec les rares étrangers qui séjournent à Egvekinot. Ce doit être pour elle le moyen d'entretenir son Anglais. Elle te parle des biologistes, des ethnologues qui sont passés avant toi. Elle cherche à comprendre si tu as aussi une raison scientifique, si tu souhaites écrire un livre sur la région, sur ton voyage. Une fois, elle a accompagné un groupe dans un engin amphibie jusqu'à Vankarem. Le chemin que tu souhaitais prendre initialement pour t'approcher du Bering avant que l'on ne t'oblige à quitter la Russie à Provideniya.

Vous passez aussi au port prendre des renseignements. Le bateau qui partira demain est le fameux bateau de passagers qui ira le 12 à Provideniya. Tu sauras au moins s'il peut prendre ou non une moto. Sinon, tu ne partiras pas demain, et devras attendre qu'un cargo veuille bien de toi et de ta moto.

L'attente est une chose qu'il faut accepter au Chukotka. Depuis une semaine, trois femmes Tchouktches, dont une accompagnée d'une enfant d'une dizaine d'années, attendent dans la gotsinitsa pour prendre un hélicoptère qui les emmènera à Port Smith, sur la côte arctique. Plusieurs fois, elles ont cru que l'hélicoptère partira et se sont rendues en taxi à l'aéroport. Mais à chaque fois, le vol a été annulé pour cause de mauvais temps. Tu sais que si elles ne partent pas dans les deux ou trois prochains jours, la météo ne va pas aller en s'arrangeant.

De retour à la gotsinitsa, il te faut démonter la mécanique de transmission de la moto, l'empaqueter et la ranger dans les sacoches en aluminium. Un puzzle dont tu ne te souviens plus exactement de la solution. Il faut bien la retrouver.

A l'heure de décider de la continuité du voyage, tu repenses aussi à tes motivations. Pourquoi le Bering ? Pour toi le Bering est un symbole. Celui de la méconnaissance de tes semblables pour l'histoire de l'humanité. Quand tu étais à l'école, on te présentait l'Amérique comme un nouveau monde découvert par Christophe Colomb. A aucun moment on ne s'était posé la question de savoir quand les Amérindiens y étaient arrivés. Tu avais compris qu'ils avaient toujours été présents sur ce continent, de même que les Asiatiques, les Africains et les Européens avaient toujours été présents sur l'ancien Monde. Jamais tu n'avais réalisé que l'Amérique et l'Eurasie étaient reliés par le détroit de Bering. Depuis, les scientifiques ont compris que les hommes comme les autres mammifères avaient peuplé l'Amérique à partir de ce passage. Que tous les hommes sont issus d'une branche unique, et qu'il n'y a pas eu plusieurs humanités surgissant à plusieurs endroits de la planète. Tout cela pourrait être une évidence, mais tu ne crois pas que beaucoup de gens savent qu'ils ont forcément un ancêtre commun avec toute personne sur terre. Qu'elle soit Amérindienne, Africaine ou Polynésienne. Que nous sommes tous plus ou moins cousins. Pour toi, le Bering est le symbole de cet ignorance. Un endroit peu connu que l'on considère aux extrémités du monde, alors qu'il en est plutôt le centre, l'articulation.

Pendant longtemps, les Tchouktches ou les Eskimos l'ont traversé sans savoir qu'on le considérait comme une frontière, la séparation entre deux continents. Il était au centre de lieux de vie, et les pêcheurs passaient aisément d'une rive à l'autre. Mais l'histoire moderne en a fait no-man's land, un mur de Berlin, une frontière infranchissable. S'il est toujours difficile de traverser ce détroit, c'est avant tout pour des raisons administratives, frontalières.

Voilà pour tes motivations philosophiques. Maintenant, tu es aussi heureux de voyager, et de circuler à moto dans ces endroits d'une grande beauté. Heureux de rencontrer des gens dans les endroits difficilement accessibles. Heureux de montrer que l'on peut partir de chez soi et aller n'importe où. Heureux de courir après une utopie, un monde où l'on irait partout sans prendre l'avion.

Il faut que tu retournes à ton démontage et à ton rangement.

18h. Tu prends ton repas à la gotsinitsa. Il fait grand beau sur toute la péninsule et tu es surpris de retrouver la dame et sa fille qui attendent depuis plus d'une semaine l'hélicoptère pour Port Smith. Elle te sourit : l'aéroport ne travaille pas le weekend. Heureusement, la journée de demain doit encore être belle.

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