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Préparatifs pour 2016


Pourquoi ? PDF Print E-mail

L'incendie t'a rappelé que le pire peut toujours arriver. Que tu n'en es pas passé loin. Il a aussi questionné tes proches. Ton fils t'a demandé ‟ Pourquoi ? ”. Ton fils est rationnel et il veut savoir ce qu'il y a de l'autre coté de la balance. Voilà trois ans que tu travailles à ce projet, que tu y consacres tes soirées, tes weekends et tes économies. Pourquoi tant d'efforts ? Trois ans d'essais souvent infructueux, de progrès lents. Et maintenant, alors que le gros des difficultés semblait passé, un naufrage. Pourquoi ces risques ?

Tu trouves ce voyage important. Pas pour une raison unique, mais pour une multitude de raisons :

  • Le point de départ est simple : tu souhaitais montrer qu'un vrai tour du monde est possible. Un tour du monde sans ferry ni avion. Un tour du monde en autonomie raisonnable. Lors de ton voyage d'un an tu avais à plusieurs reprises eu recours aux compagnies aériennes, ou mis la moto dans un cargo. Même ponctuellement, tu avais du faire appel à l'industrie du transport. Tu serais heureux de montrer que l'on peut s'en passer.

 

  • Tu veux aussi promouvoir les voyages qui traversent les territoires, ceux qui amènent les voyageur à rencontrer les populations. A être en contact avec elles. Pour se faire aider par ces gens. Rencontrer, n'importe où dans le monde, un homme à cheval en lui racontant que toi aussi, tu arrives de ton village par la même piste. Cela n'a pas la même valeur que si tu as atterri à l'aéroport international le plus proche.

 

  • Tu aimerais attirer l'attention sur le détroit de Bering. C'est par là que les populations amérindiennes ont conquis l'Amérique. Des descendants d'Eurasiens, nos cousins. Il y a seulement un ou deux millénaires, toutes les régions peuplées l'avaient été par la marche, et par le franchissement de quelques détroits. Sur les cartes, on montre le détroit de Bering à l'extrémité du monde. Il en serait davantage son centre. Le point de jonction des deux plus grandes terres émergées. Le point de jonction des continents qui ne constituerait en réalité qu'un seul espace émergé. L'ancienne Pangée.

 

  • Pour attirer aussi l'attention sur le Chukotka, la région jumelle de l'Alaska coté Russe. Des paysages magnifiques, parmi les plus beaux de Russie. Une région où vivent dans des conditions difficiles des populations aborigènes courageuses. Une région isolée, connue seulement par quelques milliers de personnes. Une région aux richesses naturelles exceptionnelles, aussi bien géologiques qu'animales. Une région dont il faut prendre soin.

  • Pour casser le mur entre la Russie et l'Occident. Les nations s'affrontent. De chaque coté des frontières, les dirigeants s'opposent des arguments imparables pour condamner l'ennemi, pour reconstruire des murs. Les initiatives privées, qui unissent des amis des deux bords sont souhaitables. Surtout si ces initiatives montrent que les frontières ne sont pas si infranchissables que cela. Lors de tes voyages en Russie, tu as toujours bénéficié de la grande solidarité, et de la fraternité des Russes. Tu veux en témoigner.

 

  • Essayer de faire une chose qui n'a jamais été tentée a aussi de la valeur. Alors quand l'aventure mélange une originalité technique, une originalité géographique, et une originalité historique, tu trouves encore davantage de raisons d'essayer. Et tu es heureux que cette aventure n'ait pas germée au sein d'une entreprise, mais chez un particulier. Chez un individu qui souhaite en rencontrer d'autres. Qui souhaite partager.


  • Enfin, si ces originalités rallient des personnes qui t'aident, tu es heureux de porter un projet commun. De voyager à plusieurs, et penser à tous ceux qui vous ont aidé à préparer ce voyage. Aussi à ceux qui vous aideront pendant le voyage.

Donc beaucoup de raisons qui te sont chères. Mais toutes ces raisons ne suffiraient pas à justifier un accident. Tu penses être prudent, même si tout n'est pas prévisible. L'incendie a eu lieu, et tu feras tout pour qu'il ne se reproduise pas. Ce voyage est risqué, mais pas insensé. Tu veux le dire à tes enfants.

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Traversée de la Manche PDF Print E-mail
Written by toi   
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Depuis ton retour, tu t'es remis au travail pour améliorer ton système de propulsion. Il faut vite finaliser cette mécanique pour la reproduire, et se relancer à plusieurs dans ce voyage intercontinental qui passe par la traversée du Détroit de Bering. Cette fois ci, vous seriez quatre : Patrick, un jeune motard Australien et deux amis Russes : Tim et Vladimir.

Depuis Grenoble, tu ne fais des essais que sur lac. Ton expérience en mer s'est limitée à quelques kilomètres dans la baie de Krista (Egvekinot), et il faut désormais multiplier les essais en mer pour acquérir de l'expérience, et rencontrer les problèmes spécifiques à la mer : milieu corrosif, dynamique des vagues différente, marée, … C'est pourquoi avec Patrick vous avez décidé de traverser la Manche. Un autre but de cette traversée est aussi de faire un film promotionnel : il faut trouver des sponsors, surtout pour Patrick et vos amis Russes car de ton coté, ton motobato arrive à maturité.

 

Dimanche 21 juin 2015

Jour de l'été. En 2010, tu étais déjà parti le 21 juin pour un an de voyage. Aujourd'hui, ce n'est pas pour un an, mais c'est quand même un voyage important.

Tu passes la matinée à ranger dans les sacoches toutes les pièces démontées la veille. Même si tu es un peu moins chargé que lors de ton voyage vers le Bering, remplir ces sacoches est toujours un puzzle. Alors que tu finis d'attacher le bateau sur les sacoches, tu voies la moto se pencher doucement, jusqu'à se retourner et chuter. Cela te rappelle des souvenirs... Tu la redresses vite, sans difficulté. Tu es surpris par la facilité à la redresser. Pendant ton voyage en Sibérie, elle s'était ainsi retournée deux fois. Le jour du départ, puis sur la route de Magadan le jour où tu avais rencontré Patrick. Mais à chaque fois, on t'avait aidé à la redresser. Le reste du voyage, tu stressais à chaque arrêt, hanté par l'idée de la voir se retourner car tu te croyais incapable de la redresser seul. Tu réalises aujourd'hui que tu aurais pu le faire seul, même si la charge était un peu supérieure à celle d'aujourd'hui.

Ce retournement te rappelle aussi que tu devais améliorer la béquille, et que cette idée était passée aux oubliettes. A noter quelque part!

La route se passe bien. Tu roules tranquille, à 110 km/h. Tu as vite retrouvé l'habitude de conduire cette moto lourdement chargée. Tu retrouves ta mère et tes soeurs le soir. Elles ne t'avaient jamais vu en conducteur de motobato.

 

Lundi 22 juin 2015

Tu quittes Paris tranquillement en début de matinée. Au moment du départ, ta mère souhaite te prendre en photo avec ton chargement :

 

Il pleut sur le trajet presque sans discontinuer. Tu prends un Ferry de Calais à Douvres. Assis près d'une fenêtre, tu observes la mer, les vagues. La mer est un peu agitée, mais tu penses que ton batomoto se comporterait bien sur ces vagues. Tu préférerais quand même une mer un peu plus clémente, pour éviter les éclaboussures.

Depuis une dizaine de jours, tu télécharges chaque jour les fichiers GRIB de météo marine. Mardi et Jeudi sont les deux jours calmes de la semaine. Comme tu ne pourras pas être prêt pour Mardi, il est déjà décidé que la traversée s'effectuera Jeudi.

Arrivée sur Rye. Tu te rends au port pour y rencontrer Will qui doit vous accompagner lors de la traversée. Vous avez décidé avec Patrick de louer les services d'un bateau accompagnateur. Par prudence, mais aussi pour filmer la traversée.

Will est absent, et c'est Hank qui te reçoit. Hank possède un garage où est entreposé le bateau de Will. Il a aussi un petit magasin où il vend des équipements pour bateau. Enfin, Hank est mécanicien et répare les moteurs hors-bord.

Vous appelez Will, et fixez un rendez vous pour demain en début d'après-midi. Tu décharges le bateau pour le laisser chez Hank, puis tu te rends au camping tout proche où Patrick a réservé une caravane. Tu es heureux de ne traverser que Jeudi. Cela va te laisser le temps de préparer tranquillement, de te reposer et de profiter du lieu.

 

Mardi 23 juin 2015

Tu te balades la matinée sur les bords de mer. Le port est relié à la mer par une rivière, ou plutôt un canal. De chaque coté du canal, la nature est livrée aux oiseaux et aux moutons. Des petits étangs salés, la demeure de centaines oiseaux. Tu ne croises que quelques promeneurs et cyclistes.

A l'heure du rendez vous, tu rencontres Will. Il t'explique son activité de bateau accompagnateur, surtout destinés aux traversées en kayak. Il te montre sur une carte le trajet, les courants. Il s'inquiète un peu de la vitesse de ton bateau, de sa stabilité. On va traverser deux voies de navigation importantes, une de chaque coté de la frontière.

Il souhaite partir le plus tôt possible, car le vent pourrait se lever dans l'après midi. Tu es d'accord pour diminuer au maximum les risques.

Après cette discussion, tu assembles la mécanique de propulsion sur le terrain de Hank, près du port. Tu ne gonfleras le bateau et installeras la moto que demain, après avoir fait le plein d'essence. Assembler la mécanique ne prend que deux petites heures. Tu travailles doucement, pour ne pas faire d'erreur. Tu laisses le tout chez Hank, et tu peux rentrer à la caravane. Tu reviendras demain avec la moto.

 

Mercredi 24 juin 2015

Un tour à Rye pour faire les pleins d'essence. La distance à parcourir est d'environ 65 km. Plutôt moins en considérant les courants qui vous pousseront. Tu pense consommer désormais moins de 15 litres au cent kilomètres. Une dizaine de litres suffiraient, mais autant effectuer cet essai avec une charge « normale ».

Tu retrouves Will à midi dans le local de Hank. Will nettoie son bateau, et tu te mets au travail. Au moment le plus délicat, lorsqu'il faut retirer la roue avant alors que l'arrière est déjà sortie, tu demandes à Will de t'aider. Autant ne pas risquer d'abîmer le bateau. La suite ne posera pas de souci, mais tu auras tout de même passé 5 heures... soit 2+5 = 7 heures pour l'ensemble. Avec un peu d'habitude, on doit pouvoir passer à 4 heures, mais passer du mode moto à bateau prends encore beaucoup de temps. Et tu ne penses pas que la transformation inverse soit plus rapide. Mais au remontage de la moto, Patrick sera présent pour t'aider.

 

De retour au camping, tu vérifies une dernière fois la météo. Parfaite! Une météo parfaite jusqu'à 1 heure de l'après midi.

 

Patrick te rejoins vers 19 heures. Vous dînez rapidement en vous racontant les dernières nouvelles, et quelques souvenirs communs de Sibérie.

Jeudi 25 juin

 

Vous êtes tous à l'heure au rendez vous, à 3h45 du matin. Will et Hank mettent leur bateau à l'eau. Vous hissez ensuite l'arrière du motobato sur la remorque tirée par un tracteur. A trois, avec Patrick et Will, vous ne portez plus que l'avant, et Hank, sur son tracteur, vous conduit ainsi près de l'eau. Là, Patrick et toi vous occupez des derniers préparatifs. Les choses prennent toujours plus de temps que ce que tu avais imaginé. Et des problèmes inattendus, heureusement mineurs, apparaissent sur les nouvelles pièces. Mais tout finit par s'arranger, et vous pouvez démarrer.

 

Lors de la descente de la rivière vers la mer, tu avances doucement. A l'embouchure tu accélères un peu, et tu apprécies de pouvoir choisir ainsi ta vitesse. Tu t'appliques à tenir les 15 km/h, mais tu sais que tu pourrais aller bien plus vite. Le moteur tourne à environ 3000 tours par minute. Un régime optimal. Pendant trop longtemps, les 10 km/h étaient une barrière presque infranchissable. Et il y a deux mois, les choses se sont débloquées. Il ne s'agissait plus alors que d'optimiser un système qui fonctionnait. Il y a deux semaines; tu as ainsi remplacé la première poulie pour que ton moteur tourne à un régime moindre. Mais cette modification avait modifié la géométrie de l'ensemble, et à nouveau les 10 km/h se dressaient en barrière. Il a fallu la semaine dernière trois essais et quelques modifications pour régler ces soucis.


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Maintenant tout semble fonctionner à merveille. 10 kts, soit 18km/h te semble une vitesse de croisière facile à assurer alors que pendant si longtemps, il s'agissait d'un rêve impossible. Tu es heureux de cette « performance ». Il t'aura fallu tellement de travail, tellement d'essais pour y arriver.

 

Sur le bateau suiveur, Patrick filme et prend des photos. Hank et Will semblent agréablement surpris par le comportement de ton embarcation. Plus stable et plus rapide qu'ils n'avaient imaginé. D'habitude, ils accompagnent des kayaks qui naviguent à environ 3 noeuds. Après une heure de navigation entre 8 et 10 noeuds, tu décides de faire une pause pour faire un contrôle de la mécanique. Vérifier les serrages. Mais tout est correct. Rien n'arrivera à la mécanique aujourd'hui. Le nouveau garde-boue qui vient au dessus de la courroie fait aussi ses preuves : pas une goutte d'eau n'est projetée dans le bateau, ni sur la moto. Il faut dire que la mer est particulièrement calme.

 

Au moment de repartir, le signal rouge de surchauffe s'allume. Aïe. L'arrêt a fait remonter la chaleur. Tu es habitué à ce phénomène, mais tu es surpris car le ventilateur principal ne tourne pas. Il devrait ronronner, mais il semble mort. Tu démarres le ventilateur supplémentaire que tu as monté à l'avant du radiateur. Il est assez efficace, et après une bonne minute, le voyant s'éteint. Tu peux repartir.

 

Après moins de 10 minutes, le voyant de température s'allume à nouveau. Le ventilateur principal semble avoir du mal à se déclencher. Son seuil est anormalement haut. Tu repars, et, faute de ventilation, le voyant ne tarde pas à se rallumer une troisième fois. Tu avais pensé qu'une surchauffe puisse se produire, même si tu espérais que la combinaison des deux ventilateurs suffise. Tu décides de vaporiser de l'eau douce sur le radiateur. Tu as pris un réservoir souple de 8 litres et tu as une poire qui te sert à cela. Tu sais par expérience que cette méthode est efficace. Tu n'auras peut être pas assez d'eau douce pour tenir jusqu'à la France, mais ce n'est pas grave. Quand l'eau douce sera épuisée, tu aspergeras de l'eau de mer, puis rincera le radiateur à l'arrivée. Il est bien habitué au sel des autoroutes.

 

S'il n'y avait eu ce souci de chauffe, le voyage aurait été monotone. Une mer parfaitement calme. Quelques cargos qui suivent leurs voies, mais suffisamment espacés pour ne pas poser d'inquiétudes. D'ailleurs, Will ne semble pas y attacher d'importance.

 

L'eau fait son effet, et le voyant reste désormais sage. En revanche, tu ressens la chaleur monter du moteur. Surtout du coté gauche, là où se trouve le tube d'échappement. A quelques reprises, tu mouilles de la main le boudin gauche du bateau. Il ne faudrait pas que la chaleur crée une surpression.

 

Tu connais depuis longtemps ces soucis de surchauffe, mais tu vis avec. Sur le lac, tu asperges de temps à autre le bas moteur avec l'eau du lac, et tout rentre dans l'ordre. Tu as adopté comme principe de maintenir la température en dehors de la zone rouge, et de ne pas forcer sur le moteur. Récemment tu as rajouté le second ventilateur, mais il ne suffit visiblement pas. Il faudra que tu crée un vrai circuit de refroidissement. Une tâche pour les prochains mois.

 

Tu regardes de temps à autre ton GPS. Bientôt la moitié de la distance parcourue. A mi-chemin, il est prévu que tu laisses ta place à Patrick. Patrick veut participer à la traversée du Bering, et il faut qu'il s'entraîne. Dans 5 minutes, ce sera donc le tour de Patrick.

 

Une légère odeur de brûlé qui semble venir de l'avant. Tu te penches pour voir ce qui pourrait en être la cause. Rien sauf peut être une attache en nylon. En te penchant, tu perçois aussi une odeur d'essence. Mais ton nez sur le réservoir avant, ce n'est pas bien étonnant. Inquiet, tu touches le bas du réservoir avant. Pas de chaleur particulière. En descendant un peu, voilà que tu te brûles sur le conduit d'échappement. Tu retires vite la main. Non, rien d'anormal à l'avant.

 

Un sifflement. Tu te retournes vers la gauche, et vois un jet clair jaillir à l'horizontal, depuis la moto vers la mer. C'est de l'essence. Le réservoir arrière doit être sous pression et percé. Tu arrêtes le moteur immédiatement, et annonce la couleur à Patrick, Hank et Will qui ont vu la même chose que toi. D'un seul coup, le liquide prend feu à droite. Will te crie de sauter, et tu pars plonger à l'avant du bateau, à l'opposé du feu. Tu as bien fait car en ressortant la tête de l'eau, tu réalises que le feu a pris de l'ampleur. La moto n'est plus qu'un brasier. En l'espace de deux ou trois secondes, tous les boudins ont explosé. La moto s'enfonce de suite sous l'eau. Seul le boudin avant, partiellement préservé reste en surface. Les roues qui étaient posées à l'avant flottent. Will t'a vite récupéré pour t'éloigner du brasier. Il est efficace, même si c'est la première fois qu'il se trouve confronté à une telle situation.

Le feu s'est éteint de lui même, dans la mer. Tout cela s'est passé en moins d'une minute. Il ne reste qu'un gros nuage noir dans un ciel parfaitement bleu. Hank t'aide à monter sur le bateau de Will, et tu demandes à ce que l'on se rapproche de la moto, ou du moins de ce qu'il en reste. Hank te fait remarquer que ta combinaison sèche a un trou. Le feu l'a brûlée, et ta jambe gauche en a aussi profité. Mais rien de grave. Cela explique que tu te sentes trempé dans ta combinaison sèche.

 

Will accepte de se rapprocher, maintenant que tout est bien immergé, et tu retournes à l'eau pour essayer de récupérer ta sacoche de réservoir. Patrick plonge aussi. Il veut lui aussi récupérer sa Gopro ainsi que son microphone. Vous arrivez à les détacher. Tu en as oublié ton GPS.

 

Un moment tu espères que le bateau de Will puisse remorquer la moto immergée. Même si le feu a fait des dégâts, l'essentiel doit être en état. Au moins le moteur et la mécanique de propulsion. Vous avez attaché la moto à une corde que tu tiens comme tu peux. Mais la descente à commencer, et Will te dit qu'il ne pourra rien faire. Tu tiens encore la corde qui te coupe de plus en plus les mains. Tu sais qu'il a raison, et tu lâches tout. La moto s'enfonce définitivement.

 

Pressé, tu avais renoncé à fixer ton sac de vêtement sur la moto, qui était donc embarqué sur le bateau de Will. Tu peux te changer. Tu vides aussi rapidement l'eau de ton sac à dos. Il semblait étanche, mais il n'a pas résisté aux différents plongeons que tu as fait pour récupérer ta sacoche de réservoir.

 

Cette sacoche de réservoir est complètement brûlée, mais son contenu est intact. Ou presque, car épargné des flammes, il a été plongé dans l'eau de mer. Tu avais bien des sacs étanches, mais tu ne pensais vraiment pas qu'ils seraient utiles. Tu ne les avais donc pas refermés avec suffisamment d'attention. La météo était si parfaite...

 

Tout le monde a été surpris par les événements. Will, Patrick et Hank sont désolés pour toi. Tu restes philosophe. Tu aurais pu avoir des brûlures bien plus graves, et tu t'en sors juste avec des égratignures sur un mollet. Tout s'est joué à une ou deux secondes.

 

Tu es triste pour ta moto qui s'était si bien comportée de Grenoble à Egvekinot. Elle aurait pu mourir 10 fois dans les traversées de rivières, mais elle avait tenu le coup. Elle aurait méritée d'être la première moto à traverser les océans.

 

Will te propose de te conduire à Boulogne. Tu acceptes. Tu ignorais que cela allait les bloquer dans l'attente de la marée montante mais ce sera effectivement bien plus simple pour toi. Son bateau file sur cette mer d'huile.

 

A Boulogne, vous vous rendez tous à quai et marchez vers le centre ville. A une terrasse de café, pendant que vous prenez une bière, tu ouvres tes sacs étanches. Tu commences par étaler les papiers, les assurances, les permis, les billets de banque que tu avais avec toi. Ton téléphone est bien mouillé et refuse de redémarrer. Portant, il ne semble pas trempé. Juste humide. De même pour ton appareil photo. Patrick et Hank te suggère de les rincer à l'eau douce. Tu veux bien pour le téléphone, mais tu crains que le remède soit pire que le mal pour l'appareil photo. Tu verras.

 

Patrick te prête son téléphone afin que tu envoies un SMS à ta mère qui t'attends ce soir. Tu veux juste lui confirmer que tu arriveras bien dans la soirée. Tu ne précises pas que ce sera à pieds, sans la moto.

 

Tu repenses à ces événements. Le pot d'échappement qui fait éclater le réservoir et brûler la moto, tu avais déjà lu cela sur un forum consacré à cette moto. Tu aurais du te sentir davantage concerné. Tu aurais pu aisément ajouter une protection. Quand tu avais lu cette histoire, tu t'étais dit que le malheureux propriétaire avait mal remonté son pot. Mais tu avais bien pris soin d'éloigner le tien au maximum. Et tu n'avais pas fait le lien avec tes surchauffes.

 

C'est dommage que le problème soit apparu là. Tu aurais aussi pu t'arrêter immédiatement dès la première odeur suspecte. Il s'est peut être passé deux ou trois minutes entre ce signal et l'embrasement. Tu avais imaginé une casse mécanique car tu connaissais certains points faibles. Mais en limitant la puissance comme tu le faisais, tu pensais avoir écarté tout risque pour cette courte traversée.

 

Que vas tu faire maintenant ? Reconstruire un batomoto ? En tout cas, la recherche de sponsors risque de devenir plus compliquée. Et cet échec est un gros souci pour tes finances personnelles.

 

Tu as le temps de décider. Pour l'instant, il faut apprécier d'être en bonne santé, de prendre cette bière sous un grand soleil Boulonais. Ce ne doit pas être tous les jours qu'il fait aussi beau. Patrick te disait que c'était probablement la meilleure journée de la saison.

 

Tu repenses aussi au Chukotka où tu n'avais navigué que quelques kilomètres. Si cette mésaventure t'était arrivée dans ces eaux froides, les choses auraient pu mal se finir. Ta combinaison percée ne t'aurait pas été d'un grand secours. Tu as bien fait de renoncer à Egvekinot. Tu te savais insuffisamment préparé, et en voici malheureusement la preuve.

 

Tu prends un train sur Paris. Fatigué, tu portes sur l'épaule ton sac de vêtements auquel tu as attaché ton casque. Dans le train, tu peux écrire ces lignes. Ton PC, placé dans ton sac à dos, a résisté à l'eau de mer malgré plusieurs plongées. Ce n'est pas le cas de son chargeur qui était dans la sacoche de réservoir.

 

 

Vendredi 26 juin 2015

 

Tu as pu repenser à cette traversée lors d'une insomnie. Tu avais déjà parcouru de longues distances sur le lac, mais lorsque le moteur chauffait trop, tu t'arrêtais pour l'asperger avec l'eau du lac. Le système de refroidissement aurait mérité une modification importante. Avec un océan à coté, ce n'était certainement pas le problème le plus complexe à régler. Tu t'en veux de ne pas avoir davantage travaillé sur le sujet, mais tu avais consacré ton temps disponible à améliorer la vitesse. Tant que tu étais sous la barre des 10 km/h, le concept était difficilement viable. L'amélioration est venue trop tard pour que tu regardes comment refroidir davantage.

 

Cette traversée aurait pu être un parcours d'une grande simplicité. Les conditions météos, l'état de la mer étaient bien meilleurs que ce que tu rencontrais sur le lac. Et voilà. En tout cas, cette expérience te conforte dans l'idée que le batomoto est une solution qu'il vaut mieux pratiquer à plusieurs. Un bateau pneumatique est trop vulnérable, et un secours est une précaution indispensable.

 

Ce matin, tu as envie de poursuivre le projet. Finalement, ta situation est devenue identique à celle de Patrick. Tu croyais être pratiquement prêt, et voilà qu'il faut tout reconstruire. Mais construire deux ou trois exemplaires ne change pas fondamentalement la donne. Sauf que tu as déjà perdu l'ensemble de l'investissement que chacun doit faire.

 

Ce feu complique bien les choses, mais tu dois trouver des solutions. Il te manque certains plans, mais tu as en tête tous les principes, les erreurs à ne plus commettre. Mêmes les améliorations à apporter sont bien présentes dans ton esprit. Il faudra davantage de temps.

 

 

Mardi 30 juin 2015

 

Tu es rentré à Grenoble en train, et as repris le travail. Heureusement, tu as retrouvé ta vieille Yamaha pour te remonter le moral.

Pendant une nouvelle insomnie, tu analyses le circuit électrique de la moto. Tu réalises que le ventilateur d'origine n'est pas piloté à partir du capteur de température : il est relié en série avec un ‟ thermoswitch ” (un interrupteur qui commute selon la température), et cet interrupteur est placé sur le radiateur. Juste à l'endroit où soufflait le ventilateur auxiliaire que tu venais de rajouter.

Tu comprends maintenant pourquoi le ventilateur principal ne tournait pas : tu croyais le compléter, mais tu l'avais en fait remplacé...

Le ventilateur principal est placé derrière le radiateur. Il aspire l'air frais à travers le radiateur, et rejette l'air tiède vers le haut moteur et le collecteur d'échappement. Le ventilateur que tu as rajouté n'avait pas le même effet. Tu comprends mieux pourquoi cette surchauffe était différente de celles que tu avais connues sur le lac, pourquoi les effets en furent plus graves. Il aurait aussi suffi que tu court-circuites ce thermoswitch, et rien ne serait arrivé. La traversée aurait été effectivement tranquille.

Tu écris aussi des emails à Will pour récupérer les coordonnées GPS. Tu espères repêcher la moto et Will t'a mis en contact avec Russell, un plongeur qui vit vers Rye. Tu ignores encore si cela sera possible, mais récupérer l'épave te ferait gagner des mois et aussi quelques milliers d'euros. Il faut essayer. Malheureusement, Russell ne semble pas très disponible. Il doit être moniteur de plongée, et c'est justement le début des vacances d'été, le début de son activité saisonnière. Mais il pense pouvoir agir à la mi-juillet, si la météo le permet. Il n'y a plus qu'à attendre.

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