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Mercredi 7 Juillet

Tu as peu de route à faire pour te rendre à Dogübeyazit. Tu remontes d'abord la rive orientale du lac de Van, puis direction Nord-Est. Un col à 2645m. Les montagnes sont des volcans. Un peu partout des champs de lave, sur lesquels la végétation n'a pas encore repris son emprise. Les champs cultivés s'arrêtent tout près de la lave. Cette région de volcans correspond bien à l'idée que l'on se fait de la séparation de deux mondes distincts : l'empire Ottoman et la Perse.

 

Un barrage avec contrôle. C'est la première fois que tu es obligé de t'arrêter depuis ton arrivée en Turquie. Un militaire arrive, en réajustant son casque.

  • Honda?

  • No, Yamaha.

  • Ok. Go!

 

A Doğubeyazıt, tu suis les panneaux qui indiquent Ishak Pasa Sarayi. Avant de quitter la ville, tu t'arrêtes dans un restaurant. Tu t'installes au dernier étage, sur la terrasse, abrité du soleil. Au milieu du repas, tu entends des clameurs qui approchent. Avec les autres clients, tu regardes au-dessus de la rambarde : une manifestation d'environ une centaine de personnes. Elle passe devant le restaurant et s'arrête devant une statue, cinquante mètres plus loin. Là, une jeune femme lit un discours, au haut-parleur. Des applaudissements... puis une minute de silence, tout les manifestants assis à même le sol. La jeune femme, belle, rompt le silence, conclut et tout le monde se disperse. Pendant tout ce temps, tu as cherché des policiers, mais seuls trois uniformes sont arrivés vers la fin du discours, en restant à distance. Des policiers à l'air bonhomme, pas des matraqueurs. Pourtant, quelques centaines de mètres plus tôt, tu es passé devant une caserne, puis, en pleine rue, devant un blindé de la police équipé d'un canon à eau. Ce n'est pas la première fois que tu en aperçois. Tu imaginais que ces choses là ne servent jamais ici, faute de manifestation. Et tu ne pensais pas non plus que des manifestations pacifiques se déroulaient aussi tranquillement en pleine zone Kurde. Tu demandes des explications au patron du restaurant. Il te confirme : c'était un discours politique, réclamant l'autonomie Kurde. Le discours était en Turque, et non en Kurde. Tout cela est étrange. La démocratie Turque est bien complexe, mais plus démocratique que tu ne l'avais senti hier, auprès du policier de Van.

 

Tu montes en moto au palais de Ishak Pacha. La route a été soigneusement pavée jusqu'au palais. Tu visites le palais, qui est restauré, entretenu. En quittant le palais, tu discutes avec les gardes à l'entrée. Celui qui parle Anglais défend la cause Kurde. Il te montre, 300m plus loin une mosquée. Là se trouve le tombeau de Ahmed Khani, un poète-philosophe Kurde. Si la route pavée s'arrête au palais, la piste qui y conduit amène à cette mosquée et aussi aux ruines d'un château Urartien qui domine le palais. Le garde te dit que ce château est bien plus ancien que le palais. Deux siècles d'un coté contre trois millénaires de l'autre. Tu te rends au tombeau que tu visites. La salle est petite, mais il y a beaucoup de monde. C'est un lieu de pèlerinage. Bien plus de visiteurs que pour le palais. Tu ne t'attardes pas. Puis tu montes vers la forteresse Urartienne. Arrivé en haut du chemin, il faut passer par une fente étroite. Arrivent, de l'autre coté, des gamins qui se faufilent sans difficulté. Tu penses tout d'abord que la fente est trop fine pour toi, et les gamins aussi. Tu essayes, casque et sac en mains, et tu passes. Juste. En te comprimant autant que possible.

 

Tu ne vas pas plus loin. Il y aurait des pièces à visiter, mais il faut escalader et tes bottes de moto glissent. L'endroit est très exposé. Tu renonces, et te contentes de prendre une photo du palais en contrebas.

 

Les gamins commencent à te saouler. Tu as mal au crâne, probablement un coup de soleil pris hier sur l'île. Depuis, tu t'enturbannes avec ton chech dès que tu retires ton casque au soleil. Tu dois avoir l'air parfaitement ridicule pour ces gamins. Tu repasses la fente, et redescends à la moto. Les gamins sont de plus en énervés. Tu es le seul touriste qu'ils ont sous la main, et ils deviennent pénibles. Tu fuis. Au moment où tu pars, arrive un vieil homme, tout aussi excédé que toi, qui les engueule vertement.

 

De retour en ville, tu t'arrêtes au premier hôtel. Il te reste moins de 50 euros en monnaie turque pour ta nuit, ton repas du soir et ton petit déjeuner. L'hôtel ne coûte que 15 euros... ton dîner coûtera de 5 à 8 euros, il te restera donc quelques billets.

 

Tu descends te promener. Deux motos sont garées devant l'hôtel, immatriculées en Italie. Tu demandes au réceptionniste le numéro de chambre. Tu as trouvé trois compagnons pour diner : Massimo et Marco, professeurs de sport près d'Ancône, et Francesco, 14 ans, le fils de Massimo. Ils ne viennent ni ne vont en Iran mais ont déjà fait un long voyage. Vous discutez des pays traversés. Vous échangez vos expériences. Il y a deux semaines, ils étaient en Arménie, de l'autre coté de la montagne, devant nous : le Mont Ararat, celui de l'Arche de Noé. Mais la frontière est fermée et ils ont fait un long détour par la Georgie. Ils vont maintenant prendre le chemin du retour, mais en passant par le Sud de la Turquie.

 

Après avoir diné, vous vous promenez dans la rue piétonne. Au retour, Un homme parlant Italien et Anglais vous aborde. Il vend des tapis pour une coopérative. Il vous mène à sa boutique pour vous offrir le thé. Ses tapis sont vraiment très beaux, et peu chers. Beaucoup moins chers que dans les autres magasins. Mais tu ne te vois pas te charger davantage ni faire des dépenses non nécessaires.

 

Dogübeyazit est une ville où passent de nombreux touristes venus de tous les pays d'Europe pour monter sur le mont Ararat. Tu hésites un peu à faire comme eux, mais tes pieds se remettent juste des blessures de l'Olympe. Et tu as déjà la tête en Iran.

 

Jeudi 8 Juillet

Le lendemain matin, vous prenez le petit déjeuner dans une pâtisserie, en essayant d'éviter les gâteaux salés. Puis, de retour à l'hôtel, Massimo et Marco sortent la cafetière italienne, le butagaz, et font un véritable café italien, servi dans des belles tasses. Vous reparlez voyage. Massimo te dit qu'il ne faut absolument pas être pris à la frontière iranienne avec une goutte d'alcool. Tu as une fiole remplie de Cognac qu'Isabelle et Etienne t'ont offerte avant de partir. Tu pensais l'oublier au fond de ton sac pendant ton séjour en Iran, mais les propos de Massimo t'inquiètent. Dilemme cornélien. Au final, tu décides de vider ta fiole et de leur laisser le contenu. Ce serait trop bête d'être refoulé à la frontière pour 100ml d'alcool. Vous démarrez vers 9h, tes amis partent vers l'Ouest, et toi vers l'Est.

 

La frontière est à 30km. Personne sur la route. Arrivé au premier poste frontière, un policier te demande de te diriger vers un portail, ou un homme en civil attend. Il te demande ton passeport, vérifie que tu sois bien en possession du « Carnet de Passage en Douane ». Le « Carnet de Passage en Douane » (CPD) doit être une invention française, et la terminologie française reste appliquée. Tu souris d'entendre Turcs et Iraniens mal prononcer ces mots. Tu as dû laisser 150% de la valeur de ta moto en caution pour obtenir ce précieux sésame, obligatoire pour certains pays.

 

L'homme te propose de te changer de l'argent. Il n'est donc pas dans un rôle officiel. Tu refuses tout d'abord. Il te reste une quinzaine d'euros en monnaie turque. Tu aurais peut-être des difficultés à les changer en dehors de la Turquie, donc tu les sors de ton porte-monnaie. L'homme aperçoit les dollars. Plusieurs fois il te répète que tu dois changer 200 USD, que tu ne pourras pas les changer en Iran car c'est le weekend. Tu sais qu'il dit vrai sur ce point. Le weekend commence le Jeudi, et tu aurais dû te débrouiller pour arriver la veille.

 

Finalement tu acceptes de céder 100 USD, et il te donne une grosse liasse de billets iranien. Tu es nul... tu n'as même pas regardé le taux de change actuel. Tu étais sur internet à l'hôtel et tu aurais dû anticiper. Sa liasse était prête, ficelée, donc il semblerait que le taux soit standardisé. Tu prends la liasse mais il ne te lâche pas sur le montant. Il te faut 200 USD en monnaie Iranienne car tu as besoin en arrivant de prendre une assurance. Tu sais cela... il fait chaud, vous êtes en plein cagnard. Ok, tu acceptes.

 

Au final, tu t'es fait avoir sur toute la ligne. Dès que tu passes la frontière, tu es assailli par ses nombreux collègues iraniens qui, sans crainte, te proposent tous de changer au noir, devant même les policiers. D'ailleurs, le bureau de change officiel de la frontière est aussi ouvert. Formalités passées, lorsque tu prends ton assurance, tu comprends que chacune des deux liasses de billets correspond à 50 euros. Et non à 100 USD. Tu as donc récupéré 125 USD au lieu de 200 USD. Ta naïveté est grande. Tu sais que tes enfants seront en colère contre toi quand ils liront ces mots. Ils détestent que tu te fasses avoir ainsi. Toi, tu te dis que tu as payé une bonne leçon pour 75 USD. Simplement, il ne faut pas consommer ce genre de leçons trop souvent.

Tu es un peu déçu de quitter la Turquie, si accueillante, si chaleureuse, sur cette note. Mais tu penses revenir, plus tard, plus longtemps.

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