Hamedan et l'improbable rencontre ICON_SEP Print ICON_SEP

Mardi 13 Juillet 2010

 

Partir à 5h est idéal. La lumière est suffisante, et la fraicheur se maintient jusqu'à 9h. Tu pourrais même sans grande gêne rouler jusqu'à 10 ou 11 heures.

Cinquante kilomètres après Zanjan, Soltanieh, un petit bourg perdu au milieu de nulle-part. Soltanieh abrite une merveilleuse mosquée connue pour son dôme construit lors de l'occupation Mongole. L'un des plus grands qui soient, aussi grand que celui de la grande Mosquée bleue d'Istanbul. On ne voit que lui à des kilomètres lorsque l'on arrive par la route.


Tu t'arrêtes prendre quelques photos de l'extérieur du dôme. Il est 6 heures, et le gardien, à moitié endormi, te laisse entrer dans le parc, mais la mosquée elle-même est malheureusement fermée. Trop tôt. Des campeurs iraniens sont aussi installés devant le bureau du gardien. Dormir à l'hôtel coûte cher, et la tolérance pour le camping sauvage est grande : dans les jardins publics, aux abords des villes. Ici, sur la pelouse de l'entrée du site.


Rouler avec le soleil rasant rend aussi le paysage merveilleux. Les ondulations des collines jouent avec les ombres. Les blés, les herbes, toute la végétation brillent de recevoir le soleil rasant. Mais tu t'arrêtes peu pour les photos. Il faut avancer...le temps de fraîcheur est compté.


Tu as en tête de passer l'après midi et la nuit à Hamadan, puis de repartir le lendemain à la même heure sur Ispahan.


Arrivé à Hamedan, tu recherches un hôtel pour y déposer tes affaires et laisser Toeuf toeuf se reposer. Le joint spi de la fourche fuit davantage, et cela t'inquiète un peu. La tôle ondulée des pistes de Mongolie te ferait perdre beaucoup plus d'huile. Il faudrait au moins trouver un bidon d'huile « suspension » à Téhéran.


Hamedan est une ville moyenne, d'un million d'habitants. On t'envoie un peu dans toutes les directions, mais toujours pas d'hôtel en vue. Dans une petite rue, deux hommes t'arrêtent : « Eh Toi! ». Ils semblent parler Anglais et pourraient peut être t'aider. Je répète pour la dixième fois : « Hôtel ». L'un d'eux retire ses lunettes de soleil, et te parle de Turquie, de parapentes... C'est Saied que tu avais rencontré dix jours plus tôt, dans l'hôtel des parapentistes. Une aiguille dans une botte de foin.


Il est avec Sajad, un ami qui parle très bien Anglais. Ils te proposent de te loger, de te montrer la ville. Le hasard est tel que tu acceptes de suite. Finalement, Saied est très occupé et tu passes davantage de temps avec Sajad et son frère Amir.


L'après midi, tu te promènes en ville. Tu visites successivement une église avec Sajad, puis, seul, une synagogue et une mosquée. Le gardien de la synagogue parle Français. Il gère sa visite comme si vous étiez deux groupes : une dizaine d'Iraniens d'un coté à qui il fournit ses explications en persan, puis toi qui a droit aux mêmes discours, mais en Français.


Les juifs étaient nombreux à Hamedan. L'Iran accueille toujours la plus forte communauté juive du Moyen Orient hors Israël. Mais cette communauté est désormais concentrée sur Téhéran. A Hamedan, la plupart des juifs ont émigrés vers Israël et aujourd'hui ne subsiste qu'une quinzaine de familles dans la ville, soit une petite cinquantaine d'individus. Quant aux Arméniens, ils sont pratiquement tous partis.


Hamedan est surtout connue pour être la ville d'Abu Ali, connu en Europe sous le nom d'Avicenne. Avicenne est le créateur de la médecine moderne. Un bienfaiteur de l'humanité. A Hamedan, la principale avenue, la principale place, l'Université, tout porte son nom. Tu visites aussi son mausolée.


Le soir, tu retrouves Sajad et croisez un couple de ses amis. Vous passez un moment avec eux. Surprise! Ce couple vit en concubinage, dans le même appartement, ce que tu croyais impossible ici. L'un et l'autre travaillent. Tu les observes. Avec son foulard rouge, sa robe légère et ample, elle ressemble à une Marianne de 1789. Ceux là ont vraiment l'air de s'aimer. Sajad t'expliquera que ce couple prend des gros risques. Peut être les risques les unissent-ils davantage. Tu penses à Roméo et Juliette.


Plus tard, vous retrouvez pour diner Saeid et trois amies de Sajad, étudiantes à l'université de Hamedan. Elles vivent en colocation. L'une d'elle étudie le Français. Elles sont bien effrontées. Elles s'amusent à capter ton regard le plus longtemps possible. « You beautiful! ». Elles ont l'âge de tes enfants. Tu leur expliques que tu es déjà un vieil homme, mais rien n'y fait. Tu les laisses s'amuser.


Les Iraniens sont toujours surpris par ton âge. Ils te donneraient dix ans de moins. Tout d'abord, tu mettais cela sur le compte de la flatterie, mais tu comprends finalement qu'ils sont sincères. Peut-être tes derniers cheveux blonds les trompent-ils. Peut-être les hommes iraniens vieillissent-ils plus vite : les plus riches s'empâtent, faute d'activité physique, et les plus pauvres sont abimés par trop d'activité physique.


Le lendemain, vous allez avec Sajad visiter des grottes d'Ali Sadr, à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Ces grottes sont inondées : un lac sous-terrain géant, qui s'étend sur des kilomètres. En surface, le sol est lisse, sec, et seules des collines peu élevées trompent un peu la monotonie du paysage. En dessous, des galeries larges, des salles immenses, un réseau de canaux naturels qui n'a pas été complètement exploré. Un monde incroyable que l'on ne peut imaginer à la surface. Une autre entrée dans ce réseau est à 50 km de là, plus au nord. Le chemin pour passer de l'un à l'autre n'a pas été découvert, mais le niveau d'eau reste identique. Il s'agit du même réseau.


Les Iraniens adorent l'eau. Cet endroit est un site merveilleux qui reçoit un grand nombre de touristes venus de tout le pays. Des milliers de visiteurs chaque jour. La visite dure près de trois heures. A deux reprises, il faut prendre des petits bateaux tirés par des guides en pédalo. Tout est bien organisé. Les visiteurs sont heureux.


Vous rentrez sur Hamedan, passez rapidement chez les parents de Sajad. Tous deux anciens instituteurs, sages et chaleureux.


Tu pars le lendemain sur Téhéran. Les jours dans l'Ouest ont filé plus vite que prévu, et tu voudrais essayer de régler ton souci de fuite d'huile sur la fourche. Tu as aussi un rendez vous à Téhéran chez un dentiste. Donc tu n'iras pas à Ispahan la magnifique. Tu le regrettes. Mais tu ne peux pas tout voir, et tu es heureux des rencontres faites à Hamedan.


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