Arrivée en Equateur ICON_SEP Print ICON_SEP

Mardi 8 Mars 2010

 

C'est l'anniversaire de Claire. Depuis deux jours, tu es obsédé par l'idée d'oublier cette date. Pas que Claire t'en voudrait, car elle sait que tu oublies toujours les anniversaires. Mais cette année, que tu passes loin de tes enfants, tu ne veux pas oublier leurs anniversaires.

 

Vous prenez un petit déjeuner à nouveau dans un restaurant étonnamment « Européen ». Priuna est définitivement une ville à part. A moins que ce ne soit que vous vous approchiez de l'Equateur ? Nombreux sont les personnes qui vous ont décrit l'Equateur comme un pays moderne.

 

La route se poursuit le long de la côte. Une alternance de zones désertiques, et de zones vertes, irriguées par les fleuves qui descendent des Andes. Lorsque l'eau est là, elle est abondamment utilisée et la brousse Africaine laisse place à des rizières sud-asiatiques. Dans les rizières, des hommes, jambes écartées, repiquent des tiges de riz. Il leur manque juste un chapeaux pointu.

 

Parfois, des petites stations balnéaires. Vous décidez de faire la pause du midi près d'une plage. Vous rentrez dans un hôtel-restaurant-bungalow, dans un endroit un peu isolé. Sandro, le propriétaire vous explique que son établissement est fermé pour le dernier jour de carnaval. Tout le personnel est en congé exceptionnel. Mais il veut bien se mettre lui même aux fourneaux.

 

Vous allez vous baignez dans l'océan. L'eau est très chaude. Autour de vous, des pélicans plongent pêcher leur propre déjeuner. Après vous êtes rincés dans les douches et la piscine de l'hôtel, vous rejoignez Sandro qui vous a préparé du filet de mérou. Vous déjeunez tout en discutant. Sandro est content d'avoir des visiteurs plus originaux que les vacanciers habituels.

 

Sandro vit la moitié de l'année à Santa Barbara, et la moitié de l'année ici. Au milieu de nulle part, mais proche de l'océan. A Santa Barbara, il possède des cultures avec le label « bio ». Il voulait aussi se mettre à l'agriculture bio ici. Quand il a fait creuser un puit pour ramener de l'eau, il a trouvé... du pétrole. Il a donc autorisé une compagnie étrangère à pomper ce pétrole, moyennant des royalties. Il a fallu remettre le projet de culture bio à plus tard. La région est plus riche en pétrole qu'en eau. On voit un peu partout des pompes le long de la route.

 

Vous quittez Sandro pour rejoindre la frontière. Coté Péruvien, tout se passe rapidement. Coté Equatorien, c'est un peu plus compliqué. Il vous faut d'abord trouver les postes de police et de douanes qui ne sont pas simplement placés à la frontière. C'est à vous de les rechercher... Le poste de police est un peu à l'écart. Il y a une longue queue de vacanciers qui rentrent après une semaine de congés. Sandro vous a expliqué que de nombreux Equatoriens ont la chance d'avoir une semaine de vacances pour le carnaval.

 

Au poste de douanes, vous avez de brèves nouvelles de Stéphane, qui est passé quelques heures plus tôt. Le douanier vous indique qu'une assurance serait obligatoire, mais aujourd'hui est férié... Vous repartez donc sans assurance.

 

Le long de la route, le carnaval échauffe les esprits et des bandes de jeunes se lancent des sceaux d'eau pour les rafraîchir. Tu en reçois un qui te mouille complètement. La température ambiante fait que tu sécheras bien vite. L'équateur te donne l'impression d'un pays très peuplé. Et déjà très différent du Pérou.

 

Le soir, vous rejoignez la ville de Machala où vous prenez une chambre d'hôtel. Machala pourrait être la banlieue hispanique pauvre d'une grande ville Nord Américaine. L'Equateur pourrait être une colonie Nord Américaine. Non seulement le dollar US est la seule monnaie officielle, mais de nombreux détails rappellent l'Amérique du Nord : les voitures sont souvent des Chevrolet ou des Ford, les prises électriques sont au format US,...

 

La population est aussi plus diverse qu'au Pérou. Pour la première fois depuis que tu as quitté l'Europe Occidentale, tu trouves une minorité noire. Tu te rapproches des Caraïbes. Et, contrairement au Pérou, tu ne vois pratiquement plus personne en tenue traditionnelle.

 

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Mercredi 9 Mars 2011

 

Le matin, Loïc te dit qu'il préfère rouler seul. C'est une bonne chose. Depuis plusieurs jours, tu avais la même envie. Déjà pour rouler plus doucement, pour ménager Toeuf Toeuf. Aussi pour multiplier les chances de nouvelles rencontres. Et enfin, pour se gérer seul. Faire des choix qui ne soient pas des consensus.

 

Mais cela fait bizarre de se quitter dans une station service alors que l'on s'attendait depuis plus de deux semaines. Peut être trois? Il te faut retendre ta chaîne, qui se détend de plus en plus rapidement, et Loïc en profite pour s'en aller. Il pense que l'on se reverra à Carthagène, où tu dois être pour le 25 Mars. Sinon ce sera en France.

 

A peine Loïc parti, un homme approche. Il est étonné de voir Loïc partir après une embrassade. Tu lui expliques, tout en travaillant sur ta chaîne. Et tu prends la route de Quito. Rouler seul. L'impression est différente. On a plus de temps pour réfléchir. Tu ne te demandes plus où et quand tes compagnons souhaiteraient s'arrêter. Tu as toutes tes pensées pour toi. Pour faire ton voyage.

 

Le voyage s'arrête une première fois après une cinquantaine de kilomètres, dans une station service. Ton câble d'embrayage vient de céder. C'était attendu depuis deux-trois jours, et tu avais acheté à Trujillo un câble de rechange avec un embout universel à visser. Cela ne vaut pas le câble d'origine, mais tu espères que cela tiendra jusqu'à Tucson, où Raphaël t'apportera un câble de rechange.

 

Il te faut bien une heure pour sortir tes outils, monter le câble, et ranger tes outils. Tu n'es pas bien rapide, mais tu as le temps. Tu ne retardes plus personne. C'est aussi agréable de faire les choses lentement. De discuter avec les clients de la station service qui viennent se renseigner sur ta panne.

 

Tu repars. Tu remontes au Nord par la route côtière. De gros nuages obscurcissent le ciel coté montagnes, et tu souhaiterais rester au sec. Tu avances lentement à cause de la circulation. De nombreux villages. Même entre les villages, l'habitat reste dense.

 

La route traverse le plus souvent des bananeraies. L'Equateur une république bananière? Tu t'attendais à un pays plus riche. Les véhicules sont le plus souvent en mauvais état. Les bus, rares, sont souvent remplacés par des camions dont les bennes sont surchargées de passagers.

 

La circulation est aussi dangereuse du fait du trafic. Les conducteurs doublent en situation limite, et tu fais parfois de même. Il faut te surveiller, prendre ton temps... Les poids lourds sont nombreux.

 

Un peu partout, des vendeurs de pièces détachées de motos. Tu t'arrêtes deux fois pour demander si ils auraient une chaîne pour toi. Mais celles qu'ils te proposent sont sans joint torique. Tu préfères attendre Quito. Là, tu devrais trouver.

 

Tu pensais atteindre Quito en fin d'après midi, mais il est déjà cinq heures passées. Il te reste 100 kilomètres à vol d'oiseau. Entre toi et Quito... une chaîne de montagne que tu n'avais pas prévue. Tu avances de plus en plus doucement, coincé par les nombreux camions.

 

Tu espérais passer entre les orages, mais tu es pris par une grosse pluie sans pouvoir t'arrêter. En deux trois minutes, tu es complètement trempé, du cou aux pieds. Tu revêts ton équipement de pluie au dessus de tes vêtements trempés. L'eau est chaude. Tu espères sécher rapidement.

 

Mais la pluie ne s'arrête pas … et la route n'en finit plus de monter. Tu n'imaginais pas monter aussi haut. Au moins 3500 mètres, peut être 4000. Avec l'obscurité, la température équatoriale baisse. Tu as de plus en plus froid. Arrivé au col, tu fais une pause et changes de vêtements de haut et de gants. Avec une polaire sèche, la route est tout de suite plus agréable.

 

La route redescend enfin sur une vallée qui mène à Quito. De nuit, l'étendue des lumières impressionne. Une mégapole. Tu roules encore une quinzaine de kilomètres sur une voie rapide, et tu t'arrêtes au premier hôtel que tu rencontres. Un motel, avec garage... et un petit chauffage individuel. Tu pourras faire sécher tes vêtements et tes bottes. Inespéré.

 

L'endroit n'est pas très agréable. Un endroit de passage, mais tu apprécies le chauffage et la douche chaude. Tu iras demain matin au centre ville chercher un hostel plus accueillant.